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8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Casseuses de cailloux,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Photo de groupe au bord du fleuve (Broché)
La première surprise de Photo de groupe autour du fleuve, du congolais Emmanuel Dongala, est son écriture à la deuxième personne. "Tu te réveilles le matin et tu sais d'avance que c'est un jour déjà levé qui se lève" ; dès le début de son roman, l'écrivain s'adresse ainsi à son héroïne et n'utilisera jamais le "je" ou le "elle" dans son récit. Ce procédé ne tient pas pour autant le lecteur à distance, au contraire, il permet une empathie certaine avec cette femme qui va se révéler à elle-même au fil du livre. Photo de groupe autour du fleuve décrit la lutte d'un groupe de femmes (casseuses de cailloux) pour une rémunération plus juste mais comme le dit l'une d'entre elles : "Question de dignité, mes amies. Nous ne nous battons pas seulement pour un meilleur prix pour nos sacs, mais aussi pour qu'on nous respecte." Dans un pays africain non nommé mais qui ressemble fort au Congo, Dongala décrit l'héroïsme tranquille de femmes sans cesse bafouées et humiliées dans une société qui se veut une démocratie mais qui ne fonctionne que par la corruption et la concussion. Le roman est une sorte de "Feel good Book" dont les bons sentiments ne sonnent jamais de façon niaise, de par la force incroyable de la prose de Dongala, toujours juste et caustique avec un sens de l'humour dévastateur. Intégrées habilement au récit, les histoires personnelles de ces femmes sont marquées par le drame (sida, mariage forcé, grossesse "attrapée dans la rue"...) et la volonté de s'en sortir malgré tout, quitte à casser des pierres pour un salaire de misère, en attendant mieux. Un portrait sans concession d'un pays africain comme beaucoup d'autres, écrit dans une langue chamarrée et ironique, qui a des allures de conte de fées moderne parce que Dongala croit dur comme fer que les femmes sont l'avenir de l'Afrique. Et nous aussi, par la même occasion. Bref, ce livre est une pure splendeur qui se dévore dans un état de quasi euphorie.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Un livre à offrir? oh oui, et je le fais circuler!,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Photo de groupe au bord du fleuve (Broché)
Je me suis passionnée par la lecture de "Photo de groupe au bord du fleuve"... où les femmes portent leur misère avec élégance et courage jusqu'à cette lutte qui avance et les fait avancer.J'ai partagé leur espoir, dans ce pays africain où nous transporte E.Dongala, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai aimé, j'ai vibré, j'ai eu envie de me battre aussi, avec elles...ces femmes qui sont NOUS, nous toutes, et chacune de nous. L'Afrique apparait ici dans la richesse de ses humains, ceux-là même qui sont appelés à lui rendre sa dignité, en dépit des guerres, des dictatures, des violences, du fric et de la corruption, des sombres magouilles... Après avoir refermé le roman, j'ai envie de paraphraser le poète et de dire que les femmes africaines sont l'avenir de l'homme. Relire Mariama Bâ, par exemple...pour ne pas les quitter trop vite, ne pas les quitter! Et merci à Emmanuel Dongala dont j'attends, à présent, le prochain! Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Saisissant de vérité !,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Photo de groupe au bord du fleuve (Broché)
Il y a longtemps que je n'avais pas été captivé comme cela par une oeuvre de fiction d'un auteur francophone d'origine africaine !Je ne connais absolument rien de ce travail à priori épuisant de concassage de cailloux mais, cela mis à part, je peux dire que pour tout le reste "sonne" juste, et plus particulièrement tous les petits détails de la vie quotidienne de ces femmes de peine. Tout celà me parle, tout celà me touche ! C'est l'Afrique que je connais un peu que je reconnais et que je retrouve dans ce livre. Mon commentaire ne peut donc se prétendre objectif... Oui, c'est çà l'Afrique noire... ou au moins une certaine Afrique noire, car il y en a plusieurs même si on retrouve un peu partout une base culturelle commune, avec cette cassure extrême qui ne fait que s'élargir entre ceux qui ont tout, qui se battent pour le pouvoir pour gagner toujours plus, car argent et pouvoir y sont indissociables, et ceux qui n'ont presque rien et pour qui chaque jour est un combat pour seulement survivre. Ces femmes qui cassent des pierres pour les chantiers de construction, et qui vont se battre ensemble pour obtenir un revenu décent, je connais leurs pareilles : elles sont vivantes, elles sont vraies, elles sont réelles, même si elles constituent ici des condensés romanesques de leurs multiples soeurs qui participent à ce que l'on appelle le commerce "informel", le commerce multiforme et plus ou moins aléatoire de la débrouille et de la survie. Ces femmes sont doublement exploitées, et cela est très justement développé dans ce livre : elles sont à la fois exploitées économiquement comme travailleuses et asservies comme femmes par les hommes... ce deuxième type d'exploitation ne faisant que renforcer le premier. Le discours que la porte-parole du groupe, la courageuse Méréana, est amenée à tenir sous le manguier de l'hôpital, où une des femmes du groupe est en train d'agoniser, résume à lui seul le combat que ces dernières doivent mener sur deux fronts : "Quand ils nous battent au foyer, [...] , quand ils nous chassent et prennent tous nos biens à la mort de nos maris, [...], quand ils nous paient moins bien qu'eux-mêmes, [...], quand ils nous violent [...] Eh bien non ! Cette fois ils se trompent ! Trop, c'est trop !" Ce livre assez éprouvant se termine pourtant bien et ces femmes finiront par avoir gain de cause. Certes, en regard de ce qui serait beaucoup plus probable de se produire dans la triste réalité, on peut être enclin à trouver cette fin un peu trop belle, trop optimiste... il n'empêche que cette "photo de groupe au bord du fleuve" est un excellent roman. A la fin de sa lecture, une fois le livre refermé, le lecteur aura certainement du mal à oublier, si tenté qu'il le veuille, cette Méréana à la fois si forte et si féminine, ou plutôt cette "Méré" tant elle lui sera devenue familière !. Ce livre a été écrit entre juillet 2005 et décembre 2009 et édité en 2010. Le précédent livre d'Emmanuel Dongala, "Johnny chien méchant", était sorti en 2002... Un auteur qui est donc peu prolixe, mais c'est peut-être le prix à payer pour pouvoir bénéficier de ces superbes livres. Merci donc, monsieur Dongala ! Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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