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DOUBLE CHEF D'OEUVRE !, 21 mai 2009
A peine remis des rafales de rayons cosmiques d'un "House of the Holy" parti explorer le multivers musical sans entrave, nous ramassons ce "Physical Graffiti" en pleine poire. D'entrée, l'annonce est claire : retour au (hard) rock, réintégration de la sphère Gibson qui hurle, Plant rauque, rythmique béton. Jouissif ! Le groupe n'ayant pas pu se résoudre à jeter du (bon) matériel, il a préféré proposer un double disque : 15 titres répartis sur 4 faces.
On attaque d'entrée de jeu avec 2 boulets de canon, qui remettent vos pendules à l'heure : Led Zep sait-il encore balancer du gros après l'élargissement musical considérable de "House of the Holy" ? La réponse vous est assénée en double exemplaire sous la forme d'un "Custard Pie" fort, couillu, rapeux, surprenant, qui arrache ! Le clou est définitivement enfoncé avec "The Rover", excellent titre à la construction complexe et extrêmement inspirée. Gros sourire sur votre figure : WOW, ça re-déménage sévère dans les rangs du dirigeable ! Le son est énorme, même 40 ans plus tard... "In my time of Dying" est un joyau blues de 11:08mn (record absolu pour le groupe) qui part en crescendo explosif, executé par un groupe au sommet de sa forme : Plant y développe un feeling à fleur de peau couplé à une voix rugueuse du meilleur effet, et Page se lâche totalement sur des lignes de guitare à pleurer, avec un bottleneck prodigieux et glaçant. Onze minutes plus tard, dur de s'en remettre ! (Rigolo : la toux de Bonham finit le titre, avec les commentaires des copains : on a vraiment l'impression que les morceaux sont joués Live en studio).
La face B démarre avec un "Houses of the Holy" en droite lignée de "Dancing Days" : carré, rythmique, enjoué, il ouvre à merveille le terrain pour un "Trampled Underfoot" que je trouve personnellement jubilatoire : un grand titre du Zep : la recette accoustique/rythmique/joie brute y excelle, et en résulte un morceau qui vous entraine inéxorablement avec lui vers la liesse générale. Très inspiré et superbement construit, il laisse place au dernier titre du 1er disque : "Kashmir". Bon. Qui ne connait pas ce titre dans la classe ? Accusé levez-vous et allez au piquet ! Un seul mot résume cette chanson qui clôture en beauté la 1ère facette d'un album majeur : MO-NU-MEN-TAL ! 9:41mn de bonheur, d'extase, de montée en mysticisme, de frisson, de notes placées avec génie là où il faut, quand il le faut. "Kashmir" est un rouleau-compresseur qui assied pour l'éternité Led Zep sur un trône indéboulonable de seigneur du rock. Explosion finale de la chanson. Il faut aller se coucher, ou alors méditer... un tel déferlement artistique musical ne laisse pas indemne.
Ouf... après une courte pause on attaque le 2e disque. D'entrée de jeu, on a l'impression (qui sera rapidement corrigée !) que celui-ci affiche un caractère plus zen, plus progressif. L'idée est séduisante, voyons voir comment ça continue... "In the Light" nous plonge immédiatement, grâce aux claviers inquiétants de JP Jones, dans une brume celtique baignée de lumière étrange. Très prenante, cette chanson se termine comme elle a commencé, avec une superbe montée au milieu, grâce à l'accoustique de Page et le coté hanté de Plant. "Bron Yr Aur", avec ses 2mn au compteur, fait office d'excellente fusion entre "Bron Yr Aur stomp" et "Black Mountain Side" : ce genre de titre court et très fourni révèle à chaque fois la versatilité et la dextérité de Page sur une sèche. Un pur moment de délectation, que le groupe sait bien doser. "Down by the Seaside" risque d'en surprendre plus d'un... on se croirait presque à Hawaï. Avec des notes slidées suspendues, Page réussit le pari de rendre un titre à la base gnan-gnan en une véritable hypnose sonore : on est suspendus littéralement à ses notes : quelle technique affolante. "Ten years gone" conclue la face C sur une nouvelle facette du Zep : un titre folk/blues/rock sur lequel résonne à l'infini la 12 cordes, à laquelle Plant répond avec justesse. Surprenant encore une fois, mais O combien génial...
La dernière face offre 5 morceaux très variés. "Night Flight" est un titre enjoué, pas non plus mémorable, mais il annonce bien l'excellent "The Wanton Song", axé sur un riff sec qui claque et une rythmique sans concession... déchainerait facilement la foule dans une party bien dansante. Deep Purple a du s'inspirer de son riff pour "Hungry Daze"... Une bonne surprise vient de "Boogie with Stu", rock/boogie/blues de facture... zeppelinienne ! Transcendant complètement le vieux style du boogie, Page en fait un relecture hyper rythmée qui m'a fait sauter dans tous les sens, avec une ligné mélodique vraiment au top ! Wow, quelle claque ! "Black Country Woman" est un bijou (on entend un avion décoller au départ, et Plant qui dit à l'ingé-son : "non, laisse-le, pas grave"...) blues/rock, qui, avec "Sick Again", clôturent en beauté un (ENCORE !) chef d'oeuvre des 4 anglais.
Incroyable... une vraie courbe montante du succès : mais où s'arrêteront-ils ?
Il est pertinent de s'attarder sur le package, qui vous donnera de quoi explorer visuellement un vrai boulot d'artiste pendant que la bande à page vous atomise les cages à miel. Immeuble morose du 97 St Marc's Place à New York, les fenêtres sont ajourées pour laisser entrevoir différentes choses selon le disque que l'on insère dans cette "pochette/boitier" en carton, fidèle à l'original de 1975. Une fois encore, Le Zep offre une complétude aboutie en alliant le musical et le visuel. Superbe.
"Physical Graffiti" est encore un chef d'oeuvre du groupe, extrêmement complet, et surtout reflet d'une complémentarité rarissime. A chaque nouvel opus l'on sent les progrés des 4, leur implication entrelacée... leur génie. Une vraie somme de 4 talents hors-norme.
La barre est haute pour la suite...
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UNE SI LONGUE ATTENTE ..., 12 septembre 2008
Novembre 73. Libérés d'une tournée qui commençait à prendre des allures de pensum, surtout pour un John Paul Jones sur le seuil de rupture, Led Zeppelin entre pour la sixième fois en studio, plus particulièrement dans leur manoir Headley Grange, pour y enregistrer un nouvel album et organiser le lancement de leur propre label, Swan Song. Pour bien gérer ces deux affaires, le groupe va ainsi prendre son temps et, pratiquement sept mois, pour sortir aux forceps, un objet rare, à la fois controversé, adulé, singulier tant par sa forme que son contenu : Physical Graffiti. Composé pour moitié de nouveautés, dont une certaine Kashmir qui deviendra avec le temps l'incantation majeure du dirigeable, tandis que se retrouvent certains morceaux écartés lors de sessions précédentes, pour l'autre, ce disque est d'une emphase confinant à la majesté.
Sur ce double album donc, deux époques, deux formules magiques aux prétentions diverses, mais qui laissent derrière elles une telle impression, que l'on en arrive à pardonner le dispensable. Témoins d'une période riche en influences, si le premier volume se veut le retour en grâce d'un heavy blues n'hésitant pas quelques nappes orientales, le second disque laisse le goût mitigé d'une performance non aboutie. Non pas que ce dernier soit mauvais, mais surtout parce que la recette appliquée manque de cette touche de spontanéité si caractéristique du groupe. Néanmoins, comme souvent dans sa discographie et à l'appui de quelques titres phares, Led Zeppelin nous livre un ensemble de grande facture.
On l'aura deviné, malgré quelques errances, à un moment ou à un autre, Physical Graffiti est le genre d'album qui vous prend au corps et ne vous lâche plus. En dominant son sujet sur Custard Pie, puis évitant la démonstration de slide sur l'intense In My Time Of Dying, le dirigeable fascine par cette faculté naturelle de nuancer la violence d'un souffle de sensualité. Car si le jeu musical est intense, c'est au travers de contrées plus aériennes, plus folk que Page et consorts s'avèrent les plus fertiles. Alors que certains verront dans ce double enregistrement, une contestable opposition des genres, une indigente volonté de remplissage, il en est d'autres qui, en abandonnant toute résistance, se laisseront parcourir par cette sensation si étrange, que l'on nomme parfois, l'évidence.
En négligeant le quelconque et hormis le pouvoir incomparable de l'hypnotique Kashmir, absout de tout solo, la plupart des morceaux ne s'aventurent que très rarement dans l'ordinaire. Sans les nommer tous, on soulignera le mélodique, The Rover, Trampled Under Foot pour son groove communicatif, puis, dans un registre un peu plus soft, Ten Years Gone ou Down By The Seaside, dont on aurait tort de se priver. Exercice délicat, si peu de doubles albums ont su passer les frontières du temps, cet objet violent nimbé d'inspiration reste un évènement lors de chaque écoute. Peut-être un peu trop long, peut-être un peu trop, tout simplement, Physical Graffiti résume cependant, à lui seul, ce que furent les seventies : un laboratoire au service d'une certaine idée de la musique.
A la fois, discipline physique d'un John Bonham souverain, fin de cycle pour un Robert Plant victime d'une usure prématurée de ses cordes vocales et révélateur d'un John Paul Jones lumineux d'opportunisme, cette maison du sacré voué à l'héroïsme de Page ressemble par bien des égards à sa pochette à tiroirs : plurielle, tout en étant unique.
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Mais si !, 21 décembre 2006
Excellent double album de Led Zeppelin. Seule chose à rajouter par rapport au précédent commentaire : cette version limitée est la reproduction du 33 T au format CD, donc la pochette cartonnée est bien découpée comme l'original ce qui rajoute au ravissement de cet album...
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