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4.0 étoiles sur 5
Plongeon dans un amour abyssal, 7 février 2005
La Pianiste, inspiré de l'oeuvre sulfureuse de l'écrivain autrichien Elfriede Jelinek, est un drame d'une force incroyable qui cultive une atmosphère et des sentiments aussi prenants que malsains et maladifs. LA PIANISTE est tout simplement sublime, vibratile, dans sa violence et sa rage d'amour qui tient le spectateur aux tripes. Un plongeon dans un amour abyssal. Michael Haneke, dans un travail précis et exemplaire dévoile ici, au fil d'une première partie rythmée par les partitions fameuses de Schubert, toute la sècheresse du drame pourtant sanguin et charnel dans la quête du désir et sa privation. L'exploration minutieuse de cet amour abyssal, menant à la folie des sentiments, a été à juste titre couronnée par le Grand Prix du Jury à Cannes en 2001. 8 ans après la parution du livre éponyme de sa compatriote Elfriede Jelinek (Prix Nobel 2004), auteur très controversée en Autriche et adulée en Allemagne et en Russie, Haneke nous offre une oeuvre qui est audacieuse et brillante à plusieurs niveaux. Car il faut reconnaître le courage nécessaire pour s'attaquer à un tel univers, à ce chef d'oeuvre dont l'écriture acerbe et d'une grande noirceur alterne la crudité à la limite de la pornographie et l'implaccable certitude qu'on ne sort jamais des méandres de sa folie et de la persécussion que peuvent exercer des êtres sur notre esprit au point de nous tuer de l'intérieur... Il faudrait aussi remettre le film dans la perspective du livre : le seul reproche que l'on peut adresser à mon sens à Haneke, c'est bien de coller au côté viscéral et charnel du livre. Difficile de casser le film pour l'air irrespirable qui s'en dégage malgré un certain académisme et une lenteur dans la mise en scène ou pour les plans silencieux sur fond noir, bien tiqués dans tous les films d'Haneke, qui diffusent le générique et préparent une incursion brutale et déstabilisante du spectateur dans cet univers glacial, déchiré et étouffant où l'on est subitement plongé, presque en apnée et sans autre possibilité de recours dès la première image ... Une caméra peu commune dont s'arme Michael Haneke pour faire partager une sexualité hors des sentiers battus à la crudité étonnante et une passion extrême, qui est interprétée non sans ferveur par un trio d'exception. Ce que Haneke met le mieux en exergue, c'est l'oppression, la perversité des rapports mère - fille qui s'élaborent en filigrane à travers des pratiques extrêmes, la vitalité morbide de l'esprit qui dicte ses lois au corps jusqu'à la quasi destruction. En incarnant Erika, Isabelle Huppert réussit le tour de force toujours extraordinaire d'être lumineuse, à fleur de peau et pourtant tout en retenue avec sa froideur rigide mêlée de désespérance. Annie Girardot au meilleur de ses prestations dans son rôle de mère castratrice semble totalement en phase avec le personnage décrit avec effroi par Elfriede Jelinek qui ne cache pas qu'elle a vu en cette femme la mère qu'elle méprise. Benoît Magimel pourrait être taxé par certaines mauvaises langues de simple "belle gueule", mais son personnage est essentiel pour révéler l'intériorité du duo féminin et de ses rapports d'amour/haine effrayants. Tous méritaient largement les honneurs qu'ils ont reçu en rôle principal ou second rôle et l'on comprend qu'on ait choisi ce même trio pour un nouveau film dans un esprit assez proche !
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Un film qui vous remue les tripes, 24 mai 2002
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Pianiste [VHS] (Cassette vidéo)
J'ai adoré la pianiste. Je pense que c'est le meilleur film d'Haneke à ce jour. Le sujet est volontairement trash mais le film ne fait pourtant jamais preuve d'une provocation gratuite. Ce qu'on pouvait retrouver dans certains films d'Haneke, et qui leur nuisait. L'interprétation est brillante et la mise en scène très inspirée. Son prix à cannes est largement méritée. Le regard d'entomologiste d'Haneke est fascinant. Un des films marquants de cette année. Dès le début, l'autrichien nous emporte dans un tourbillon de fascination et en même temps de répulsion pour ne plus nous lâcher jusqu'à la fin. Magnifique!!!
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Violence pudique, 24 juillet 2010
Le film peut être à l'image de la scène dans laquelle Erika se taillade le vagin à l'aide d'une lame de rasoir: violence contenue, étouffée, pudique, toujours au bord de (la folie), qui ne s'exprime dans cette scène que par le son des pieds d'Erika qui glissent rigidement sur le fond de la baignoire, mélange radical de souffrance et de jouissance. Haneke est à mon sens au sommet de son esthétique de la violence, toute aristotélicienne, qu'on ne montre pas crûment mais qui s'entend, s'imagine, s'éprouve. On peut d'ailleurs effectuer un parallèle entre cette scène et celle dans les toilettes du théâtre avec Walter (salle de bains/toilettes: lieux de l'intime et de l'excrémentiel): le sexe n'est jamais montré, les corps jamais totalement dévêtus. Parallèle évident entre le sexe et la violence, ce premier ne se vivant que dans la violence - toujours maîtrisée - et la chosification pour Erika. La violence et la puissance semblent être les seuls recours pour elle afin de ne pas sombrer dans la folie, et surtout dans la soumission qui lui est inhérente et inévitable face à sa mère (chose qui se brise magnifiquement et pathétiquement lors de la scène dans les vestiaires du gymnase).
Une autre scène annonce superbement la situation à venir: lorsque Erika - accompagnée de sa mère - referme brutalement la porte de l'ascenseur alors que Walter s'apprêtait à y rentrer. Haute difficulté que de rentrer dans la vie de cette femme, régie par un "inquisiteur et peloton d'exécution en une seule personne qu'Etat et famille unanimes reconnaissent comme la mère" (Jelinek).
Bref, un film sublime, radical, qui laisse en suspens les émotions. Le trio d'acteurs est époustouflant, mention spéciale pour Girardot qui donne un ressort comique à la mère.
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