Élizabeth Maistre goûte manifestement aux aventures périphériques, puisque, à peine trois années après sa première escapade en solo (Drôle D’Oiseau), quatorze chansons démontrent que la musicienne de Dionysos a plus d’une corde à son violon, avec une deuxième session plus délibérément pop que la précédente, et moins sous contrôle absolu de la dame.
En effet, l’album ne doit pas être considéré comme une césure, mais bien une escapade vers d’autres ivresses, puisque aussi bien Mathias Malzieu en personne vient offrir un chant en murmures au duo « Tes Yeux Dans Ce Bar », et que c’est la section de Dionysos qui soutient la jeune femme tout au long du disque. Ont également vu de la lumière et poussé la porte le chanteur Hugh Coltman (ancien bluesman au sein de The Hoax), un sarcastique Édouard Baer, avec l’histoire d’amour inédite et impossible de « Le Miroir », ainsi qu’Arthur H. Ce dernier a co-composé « Ciel De Soie », et l’interprète dans une ferveur amoureuse qui n’est pas sans rappeler son papa, puis incarne un scientifique rébarbatif face à la petite chienne cosmonaute « Laïka ». Quant à Andy Maistre, il offre la partition franco-anglaise de « Mexico », et, dans le rôle de l’époux poly-instrumentiste, il voltige de xylophone en mandoline, dans une production, entre Paris et Provence, majoritairement finalisée par Jean Lamoot, désormais incontournable producteur pour toute une frange de la chanson, inventive et hexagonale. Délicieusement acidulée, la voix de Babet effleure autant mélodies évidentes (« Je Pense Á Nous », premier single extrait de la collection) qu’arrangements baroques (le piano en délire de la chanson-titre, soutenu par des tambours martiaux). La chanteuse joue avec cette fragilité induite (« La Couleur De La Nuit »), s’autorise quelques confidences sensuelles (« La Chambre Des Toujours »), ou retrouve avec une aisance effrontée le doux chemin d’une pop légère, mais signifiante (« Le Cœur En Antartique »).
Babet s’apprête à enchaîner musique de film d’animation (La Mécanique Du Cœur), tournée avec Dyonisos, et en solo : elle ne se perdra pas dans cette dynamique, tant les refrains de Piano Monstre interpellent comme des balises dans la nuit, espiègles et profondes, oniriques et innervées.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story