Ernest Bloch est né en 1880 à Genève Suisse. Il étudia le violon, notamment avec Eugène Ysaÿe (1858-1931) au Conservatoire de Bruxelles, puis la composition à Francfort-sur-le-Main avec Iwan Knorr (1853-1916). Il fut chef d'orchestre à Lausanne, vécut quelque temps à Paris, avant de s'installer aux États-Unis en 1916, et de prendre la nationalité américaine en 1924 ; il devint professeur de composition à partir de 1917 à Cleveland, puis à San Francisco où il fut Directeur du Conservatoire entre 1925 et 1930. Bien que citoyen américain, Bloch vécut pourtant essentiellement en France et en Suisse de 1930 à 1938. Sous la pression antisémite de l'époque, il dut repartir pour les États-Unis, enseignant à l'Université de Berkeley, Californie, de 1940 à 1951. Parmi ses élèves les plus connus, on peut citer Frederick Jacobi (1891-1952), Bernard Rogers (1893-1968), Roger Sessions (1996-1985) et George Antheil (1900-1959). En 1941, il rejoignit une petite communauté indépendante à Agate Beach, Oregon, et mourut d'un cancer en 1959 à Porland, Oregon.
Parmi ses oeuvres majeures, on peut noter les « Poems Of The Sea » et une Sonate pour piano, six Préludes pour orgue, deux Suites pour violon solo, une Sonate (inachevée) pour alto solo, trois Suites pour violoncelle seul, deux Sonates pour violon et piano, une Suite pour alto et piano, une « Suite modale » pour flûte et piano, cinq Quatuors à cordes, deux Quintettes avec piano, « Four Episodes » pour orchestre de chambre, un Concertino pour flûte, alto et orchestre à cordes, un « Concerto symphonique » et un « Scherzo Fantasque » pour piano et orchestre, un Concerto et « Baal Shem » pour violon et orchestre, une « Suite » et une « Suite hébraïque » pour alto et orchestre, « Schelomo », Rhapsodie hébraïque pour violoncelle et orchestre, deux Concertos Grosso, les Poèmes symphoniques « Hiver-Printemps » et « Helvetie », deux Suites symphoniques, dont « Evocations », les « Trois poèmes juifs » pour orchestre, « une « Symphonie » pour trombone et orchestre, quatre autres Symphonies, dont « Israël » et la « Sinfonia Breve », l'Opéra « Macbeth » d'après William Shakespeare, ainsi que des oeuvres vocales et chorales.
La composition du Quintette avec piano N° 1 de Bloch a été commencée en décembre 1921 et achevée le 23 mars 1923. L'agitato initial semble dicté par des forces obstinées et pleines d'énergie ; la présence de quart de ton permet d'accentuer certaines couleurs, d'ajouter un échelon supplémentaire dans le chromatisme déjà imposé par le tourbillon des cordes usant d'intervalles de quartes, de quintes et de tritons. L'andante mistico qui suit reprend certains éléments déjà entendus dans le premier mouvement ; c'est, semble-t-il, un rêve d'horizons lointains, d'iles magiques du Pacifique, rêve qui a si souvent hanté Bloch ; cette méditation oppose des quartes et des quintes, entretenues par les cordes, aux basses du piano qui imposent, elles, des quintes diminuées et des tierces mineures, sourdes. L'allegro energico reprend le sourd motif précédemment suggéré par le piano,en lui donnant maintenant une frénésie barbare ; une nouvelle médiation exotique laisse ensuite planer des harmonie frémissantes et mystérieuses, des appels d'oiseux pimentés de quart de tons, suivies d'une strette vigoureuse conduisant à un allargando majestueux, d'une puissance quasi-symphonique. L'épilogue, calmo, puis molto calmo, conduit finalement à une détente libératrice, coupant court à la bi-tonalité qui avait jusque là précédé, et conclut clairement l'oeuvre en Ut majeur. La création de ce premier Quintette avec piano eut lieu le 11 novembre 1923 au Klaw Theater de New York, par le pianiste Harold Bauer et le Quatuor Lenox.
Le Quintette avec piano N° 2 est une commande de l'Université de Berkeley ; la partition fut commencée le 23 février 1957, alors que le compositeur commençait à ressentir la maladie qui allait bientôt l'emporter : « J'avance comme un escargot ! Une heure ou deux le matin, et je suis fini pour le reste de la journée. » La partition est néanmoins achevée le 18 juillet de la même année. Sa fille Suzanne a donné l'analyse suivante de ce Quintette : « Résigné, ne pensant plus aux contrées exotiques, Bloch écrit maintenant une oeuvre plus sobre et plus abstraite. Cependant, elle porte son cachet personnel, avec ses tensions, ses motifs rythmiques et ses progressions chromatiques. L'animato initial crée immédiatement la notion de conflit, si typique des premiers mouvements de la musique de chambre de Bloch. L'andante second [en Ut dièze] est basé sur un motif de quatre notes. Il possède une atmosphère de poésie pastorale, et s'enchaine directement au final. Cet allegro use du même motif de quatre notes, transformé de plusieurs manières afin d'irriguer tout le mouvement. Celui-ci est plein de dynamisme, avec des progressions essentiellement ascendantes. Après un climax, on arrive à un calmo au cours duquel la texture instrumentale décroit jusqu'à une fin apaisée. » Un ultime calmo qui apparaît comme un postlude à toute l'oeuvre de chambre de ce compositeur, humaniste et oecuménique, profondément respectueux de toute philosophie bienfaitrice, soucieux de vérité et d'absolu. La première mondiale de cette oeuvre fut donnée le 15 avril 1958 à l'Université de Berkeley par un ensemble d'étudiants, avant que le Quatuor Juilliard et Leonid Hambro ne la crée à titre posthume au Town Hall de New York, dans le cadre du « Bloch Memorial Concert ».