Cet enregistrement live d'Alexis Weissenberg (disponible depuis pas mal de temps sur le site germanique) offre deux intérêts majeurs: la qualité de sa prise de son (1), et la présence en son sein d'un inédit dans la discographie d'A.W. (2): la quatrième ballade.
1°) la prise de son est bien équilibrée (niveau Radio germanique de 1972) et plutôt neutre. Voilà qui n'a rien à voir, par exemple, avec les extraits Chopiniens de 1969 qui circul(ai)ent sur Ermitage, avec un son étouffé.
Pourquoi cette remarque technique ? Parce que nous avons ici un témoignage techniquement très correct, qui a le grand avantage historique d'avoir été réalisé hors de la salle Wagram... loin du staff EMI, de Michel Glotz, et de Paul Vavasseur.
(La dureté du toucher d'A.W. est restée légendaire. Certains inconditionnels de ce pianiste ont pu expliquer qu'une partie des reproches que l'on pouvait formuler à son encontre étaient imputables à la qualité de la prise de son.)
Or, qu'entendons-nous ? le même timbre, et la même dynamique ! L'argumentaire pré-cité n'a donc pas lieu d'être...dont acte.
A.W. a toujours été un musicien étrange... Mécaniquement supérieur, il demeure, encore à ce jour, celui qui a été le plus capable d'alterner au sein de la même pièce, la page la plus classe, avec le débordement le plus tonitruant. Jamais aucun exécutant n'aura été aussi prompt que lui à bondir sur le moindre forte pour en faire un fortissimo, et à s'emballer, jusqu'à la bousculade, dès que quelques doubles croches apparaissaient sur la partition. Son jeu, très exempt de pédale, a toujours préféré la lisibilité à la sensibilité. On peut regretter que ces qualités soient ici utilisées pour un compositeur qui ne s'y prête pas...
Citons quelques exemples démonstratifs de cette dualité:
-le final de la Polonaise-fantaisie qui est ici un monument de staccato. On regrette que Prokofiev n'en soit pas l'auteur...et que A.W. ait si peu abordé ce compositeur.
-le choix de nocturnes est comparable au récital de 1969. Les phrasés initiaux sont en général d'excellent niveau. Le problème est qu'au sein de ses pièces, il y a quelques fortes, et modifications de barres de mesures...et alors là...l'exemple le plus troublant est celui du nocturne en ut mineur: l'introduction est vraiment magnifique, digne de Rubinstein 1965, c'est dire. Dans le développement, hélas, les choses se gâtent, et les rafales d'octaves sont totalement hors de propos, évoquant une cadence de Tchaikovsky...
-la 3°sonate: écoutez les 2° et 4° mouvements pour la réelle qualité de leur mise en place...Musicalement, ils sont absolument étouffants...mais cela vaut le détour...
2°) et la quatrième ballade alors ?
Et bien, on constate que cette magnifique rêverie devient ici tout autre chose. Et on est surpris de constater que cette vision différente soit plutôt cohérente, même si cela n'est pas du Chopin. Le résultat, le plus rapide de toute la discographie, permet en partie de comprendre la fascination qu'a éventuellement pu exercer ce pianiste sur le public de l'époque...