Cet enregistrement, à Paris le 7 juin 1954, est le premier enregistrement piano solo de Thelonious Monk. Il s'agit d'un disque historique. Durant un peu plus d'une demi-heure seulement Monk maltraite son clavier (mais pas la musique) ronchonne, et nous emmène dans un univers qu'il crée devant nos oreilles, ici et maintenant. C'est historique, car, auparavant, personne n'avait osé jouer comme cela. Certes, le piano de Monk sonne plutôt comme une casserole, et ce ne sont pas ses grosses pattes qui lui confèrent de la délicatesse mais l'atmosphère qu'il élabore, la sphère dans laquelle il nous emmène inexorablement n'ont probablement jamais été égalées depuis. Il ne s'agit donc pas seulement d'un moment où, pour la première fois, quelqu'un oserait ou irait jusqu'à un point où personne avant lui n'était allé, mais, plus que cela, il s'agit d'un moment unique, puisque si beaucoup depuis non pas craint d'aller plus loin, voire d'aller n'importe comment n'importe où, personne, dans ce registre, n'a réussi à recréer ou reproposer un tel moment comme suspendu, irréel, totalement improbable, et pourtant parfaitement maîtrisé. On ne peut pas dire que cette musique, inédite, soit plaisante : elle est difficile, accroche, râle, se tord et nous tord avec. À chacun d'écouter les extraits sur le site pour se faire sa religion. Mais si cela ne vous hérisse pas le poil, n'hésitez pas : il s'agit d'un sommet de la musique du XXème siècle.