La Sonate pour piano N° 7 Op. 83, la seconde des trois « Sonates de Guerre » de Sergueï Prokofiev (1891-1953), composée entre 1939 et 1942, a été crée à Moscou par Sviatoslav Richter, le 18 janvier 1943, alors que la Bataille de Stalingrad faisait rage, celle-ci n'ayant pris fin que le 2 février 1943. Parfois sous-titrée « Stalingrad », les dates de la composition indiquent toutefois que cette sonate ne fut pas composée pour cette occasion. Ces trois sonates sont souvent considérées comme les plus remarquables des sonates pour piano écrites par Prokofiev.
Dmitri Kabalevky est né en en 1904 à Saint-Pétersbourg, Russie. Son père, mathématicien, lui communiqua très tôt son goût pour la littérature, la peinture, la géographie, les sciences naturelles et la technique, et il doit à sa mère, il doit son goût précoce pour la musique. En 1918, sa famille s'installa à Moscou, où il entreprit en 1919 des études de piano. Il intégra le Conservatoire de Moscou en 1925, où il eut Nikolaï Miaskovski (1881-1950) comme professeur de composition, et Alexandre Goldenweiser (1875-1961) comme professeur de piano. Kabalevski rejoignit, dès son entrée au conservatoire, le groupe PROKULL (Production Collective des Etudiants Compositeurs), un groupe d'étudiants du conservatoire de Moscou cherchant à faire le lien entre l'ASM (Association pour la Musique Contemporaine, filiale russe de l'association internationale du même nom) et la RAPM (Association Russe pour la Musique Prolétarienne, dont les représentants les plus connus étaient Vladimir Zakharov (1901-1956), Lev Lebedinsky (1904-1992), Daniil Zhitomirsky (1906-1992), Marian Koval (1907-1971 et Klavdiya Uspenskaya) et, en compagnie de Vissarion Chebaline (1902-1963), il publia des articles dans la revue « Musique de notre temps » de l'ASM. Excellent pédagogue, il fut nommé en 1932 professeur assistant de composition au Conservatoire de Moscou, et sera titularisé en 1939. En 1940, il devint Président de l'Union des compositeurs soviétiques (poste qu'il gardera jusqu'en 1948, quand il fut remplacé par Tikhon Khrennikov) créée après la dissolution de l'ASM et de la RAPM, et Rédacteur de la revue « Sovietskaia Musika ». Toutefois, à la mi-janvier 1948, il fut accusé par Andreï Jdanov, en même temps que Sergueï Prokofiev, qu'Aram Khatchaturian (1903-1978), que Gavriil Popov (1904-1972), que Dmitri Chostakovitch (1906-1975), que Nikolaï Miaskovsky et que Vissarion Chebaline, de « Formalisme », la pire accusation que l'on pouvait porter contre un artiste pendant la période stalinienne. De tous ces musiciens, Kabalevski fut le seul à faire son autocritique et, par suite, dans le décret du 10 février 1948, son nom, contrairement à celui de ses confrères, n'apparaît plus ; ce fait lui valut, jusqu'à la fin de ses jours, une farouche inimitié d'un certain nombre de ses confrères, qui l'accusèrent, depuis ce jour, « d'opportunisme ». Le fait qu'il était alors, ni plus, ni moins, que le Président de l'Union des compositeurs soviétiques, ce qui, en cette époque terrible, l'exposait encore plus que ses confrères, constitue, peut-être, une circonstance atténuante ; il fut d'ailleurs l'un des rares compositeurs majeurs de sa génération à avoir suivi les orientations de la politique officielle en matière de création musicale après les décrets Jdanov de 1948 (« réalisme socialiste »), et il restera fidèle à ces orientations jusqu'à sa mort - même dans les années quatre-vingt où ces orientations n'avaient plus d'appuis officiels et, de fait, nuisaient à sa réputation. Son oeuvre d'après guerre s'intègre en partie - mais en partie seulement - dans ce moule, trouvant une partie de sa source dans les formes d'arts musicales populaires de son pays, tout comme Jean Sibelius (1865-1957), Bela Bartok (1881-1945), Igor Stravinski(1882-1971), Heitor Villa-Lobos (1887-1959), Darius Milhaud (1892-1974), Benjamin Britten (1913-1976) et bien d'autres, avant et après Kabalevski, mais ce dernier n'ayant jamais gommé l'influence qu'il avait initialement reçu de la musique française, tout particulièrement de Maurice Ravel (1875-1937) et de Francis Poulenc (1899-1963), ainsi que de l'Avant-Garde russe émigrée à cette époque, Igor Stravinsky et Sergueï Prokofiev. Kabalevski est mort en 1987 à Moscou. Parmi ses oeuvres majeures, on peut noter trois Sonates et Vingt-quatre préludes pour piano, ainsi que de nombreuses pièces pour cet instrument destinées aux enfants (à la fin de sa vie, Kabalevsky sera, à titre bénévole, « professeur de musique » dans l'école primaire de son quartier...), dont deux sonatines connues de nombreux jeunes pianistes, une remarquable Sonate pour violoncelle et piano (dédiée à, et créée par Mstislav Rostropovitch), deux Quatuors à cordes, quatre Concertos pour piano (dont le troisième fut créé par Alexis Weissenberg, alors âgé de 14 ans), un Concerto pour violon « a la Poulenc », deux Concertos pour violoncelle très sobres, la Suite symphonique « Romeo et Juliette », une « Ouverture Pathétique » et le Poème symphonique « Le Printemps », quatre Symphonies, cinq Opéras, dont le truculent « Colas Breugnon » tiré du roman éponyme de Romain Rolland, plusieurs musiques de scène, dont les « Comédiens », des mélodies et des ballets, ainsi que son Requiem profane « En mémoire de ceux qui ont péri dans la lutte contre le fascisme » sur des poèmes de Robert Rozhdestvensky.
Samuel Osborne Barber est né en 1910 à West Chester, Pennsylvanie (USA). Il étudia au Curtis Institute of Music à Philadelphie, où il fit la connaissance de Gian Carlo Menotti (1911-2007), avant de devenir élève de l'American Academy de Rome en 1935. L'année suivante, Samuel Barber écrivit son Quatuor à cordes Op. 11 en si mineur, dont il arrangera plus tard le second mouvement -- à la suggestion d'Arturo Toscanini -- pour orchestre à cordes sous le nom Adagio for Strings, puis pour choeur sous le nom d'Agnus Dei. Ce mouvement, devenu très populaire, est utilisé pour les funérailles d'État et les services commémoratifs publics des États-Unis depuis la mort de Franklin D. Roosevelt. Pendant la seconde guerre mondiale, il servit dans l'Army Air Corps, où on lui commandita sa seconde Symphonie, « Symphony Dedicated to the Air Forces », créée début 1944 par Serge Koussevitsky à la tête du Boston Symphony Orchestra. Barber révisa la partition en 1947, puis la détruisit en 1964 ; elle a récemment été reconstituée. La musique de la maturité de Barber est notamment caractérisée par l'utilisation de la polytonalité (Symphonie N° 2), de l'atonalité (« Medea », « Prayers of Kierkegaard »), du dodécaphonisme (« Nocturne », Sonate pour piano) et du jazz (« Excursions », « A Hand of Bridge »). Il fut très affecté par l'échec de la première, le 16 Septembre 1966, de son troisième Opéra, « Antoine de Cléopatre », mis en scène par Franco Zeffirelli, échec en partie dû aux nombreux fiascos techniques ayant émaillé la représentation. L'Opéra avait été composé pour l'ouverture du nouvel Metropolitan Opera House du Lincoln Center de New York ; atteint d'une dépression, Barber vécut plusieurs année totalement reclus. Il est mort d'un cancer à New York en 1981. Parmi ses oeuvres majeures, on peut noter une Sonate pour piano, une Sonate pour violon et piano (qui avait reçue le Prix Joseph H. Bearns de la Columbia University, partition perdue ou détruite ensuite par le compositeur), le célèbre Quatuor à cordes et ses dérivés, « Summer Music » pour Quintette à vent, un Concerto pour piano, un Concerto pour violon, un Concerto pour violoncelle, le « Capricorn Concerto » pour flûte, hautbois, trompette et orchestre à cordes, deux Symphonies, trois « Essay for Orchestra », « Music for a Scene from Shelley », l'Ouverture « The School for Scandal », le Ballet « Medea », « Prayers of Kierkegaard » pour soprano, choeur et orchestre, trois Opéras, « Vanessa », « A Hand of Bridge » et « Antoine de Cléopatre » déjà mentionné, ou bien encore des oeuvres vocales, « Knoxville: Summer of 1915 » sur un texte de James Agee, et « Dover Beach » sur un texte de Matthew Arnold.