Même s’il convient de ne pas en être fier, on peut avoir découvert ces
Tableaux d’Une Exposition de Modeste Moussorgski par la version qu’en donne en public Emerson, Lake & Palmer, en ce beau soir du début des années soixante-dix. Après tout, la partition originale, inspirée des œuvres du peintre et architecte Victor Hartmann, ami du compositeur, a connu, depuis sa création en 1874, et son orchestration par Maurice Ravel en 1922, un succès assez ample pour autoriser quelques avatars.
La finesse de la batterie (de Carl Palmer), la brillance d’un Greg Lake (qui, mine de rien, délivre une assez virtuose partie de guitare classique), et les trouvailles sonores de Keith Emerson (à peu près partout dans le disque, du four du piano acoustique, au moulin des synthétiseurs en cascade) en font une pièce maîtresse du genre, et l’une des adaptations les plus réussies du répertoire classique. Accessoirement, le groupe permettra dans ce processus à un public, jusque là étranger, voire hostile, à ce genre de pièces, de pénétrer plus avant l’œuvre des grands compositeurs.
Après une adaptation pour synthétiseur par le compositeur japonais Tomita, puis une reprise du thème principal par des groupes germaniques de heavy metal, Trevor Rabin utilisera l’un des thèmes de la suite dans l’album de Yes
90124, avant que la mélodie introductrice de
La Grande Porte de Kiev (dernier mouvement de l’œuvre), soit reprise par Michael Jackson pour le compte de sa chanson
« History ». A noter que le disque d’Emerson, Lake & Palmer s’achève par une hilarante version du thème de
« Casse-Noisette », en son temps déjà désintégré par le producteur fantasque Kim Fowley.
Pictures At A Exhibition atteindra la dixième place des charts américains.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story