Quelle a été l'attitude du Vatican et de Pie XII pendant le seconde guerre mondiale ? Tel est le sujet, polémique et difficile, de ce livre. Pierre Blet s'est fondé sur les archives de la Secrétairerie d'Etat du Vatican pour tenter de répondre à cette question. Saluons tout de suite l'énorme travail de recherche, de tri, d'analyse de ces milliers de documents. Car il faut rappeler qu'à l'époque, toutes les paroles des uns ou des autres, tous les gestes, étaient scrupuleusement notés et archivés. Ainsi nous connaissons quasiment heure par heure, ce que disent, pensent, font, les protagonistes de l'histoire. De même, les relations entre états ou consulats, se faisaient par télégrammes ou par courrier. Donc, encore, des traçes écrites.
On a souvent reproché à Pie XII son mutisme face à la dictature nazie. Ce livre montre au contraire un Pape très engagé dans ce conflit. La parole d'un pape, à l'époque, était autant attendue, célébrée que redoutée. Au fil des pages, des années de conflit, on assiste aux efforts de Pie XII et ses collaborateurs, pour empêcher le début du conflit mondial, le faire cesser au plus vite, et tenter de dimunuer les souffrances des peuples européens. Il reçoit régulièrement les ministres nazis, les diplomates, le comte Ciano, pour les supplier. Le problème étant le suivant : plus le pape protestait contre la tyrannie nazie, plus le régime d'Hitler menacait de redoubler de violence. Envers les catholiques allemands d'abord, envers les civils, les juifs, ou quiconque manisfestait contre sa politique. Les écoles catholiques, les associations, les journaux, puis les églises et les prêtres furent éliminés par les Nazis. Plus de réseau, plus de communication. Et donc, possibilité par les nazis de désinformer les peuples sur le mépris du pape. Pie XII était donc pris entre deux feux : prostester à haute voix comme on le suppliait, et attiser la haine et la vengeance des Nazis.
A cela s'ajoutte des relations de plus en plus complexes avec les alliés, les Anglais notamment, le gouvernement de Vichy (Pétain était collabo et catholique !) au fur et à mesure que le conflit avance. Avec l'Italie, Rome et Mussolini, avec les Soviétiques, ennemis jurés du pouvoir catholique, mais en même temps, les seuls à s'opposer à Hitler avant le débarquement allié.
Les archives montrent combien d'efforts ont été entrepris pour sauver des vies humaines (passeport, visas, naturalisation) ou soulager les souffrances (colis, Crois Rouge, envoi d'émissaires...). Il faut aussi comprendre que les informations arrivaient au compte gouttes, devaient être vérifiées, et on perdait souvent des mois entier avant de lancer une action en faveur d'une population civile. Concernant le génocide juif, là encore, les informations avaient filtré très tôt sur ces camps de Pologne. Je ne crois pas, à la lecture de ces pages, que le Pape ait fait une différence entre juif ou catholique. Alerté par les associations juives françaises ou américaines, le pape a toujours hésité à protester haut et fort, de peur d'accélérer la mise à mort des déportés. Et de toute façon, Hitler n'aurait surement pas changé ses plans pour Pie XII.
C'est un vaste et difficile sujet. A la question, le pape a-t-il agit ? La réponse est oui. Il a mis en branle toute la diplomatie mondiale, et tisser un réseau de soutien impressionnant. A la question, le pape pouvait-il faire plus, ou mieux ? La réponse est oui, encore. Pie XII a beaucoup oeuvré en italie, en 44-45, pour sauver les juifs cachés à Rome de la déportation, il a beaucoup fait pour éviter les bombardements sur Rome et ses habitants.
Mais des paroles de paix et de tolérence d'un pape semblent dérisoires face à la cruauté nazie, et de la guerre dans son ensemble, est peu efficaces... On peut y ressentir comme un malaise parfois, tant les réactions semblent futiles face à la violence des faits. Si le sujet vous intéresse, lisez ce livre, riche en documents et témoignages, et vous vous ferez une idée de la question.