Né en 1876 et mort en 1958, Eugénio Pacelli fut élu pape en 1939 sous le nom de Pie XII. Il est connu aujourd'hui comme étant le pape ayant "laissé faire" Hitler alors que celui-ci entreprenait d'assassiner tous les juifs d'Europe. Une inaction criminelle à mettre sur le compte d'un antisémitisme séculaire, originel, de l'Eglise catholique selon certains. Spécialiste d'Histoire juive, le rabbin David Dalin entreprend dans cet ouvrage de revenir sur ces idées reçues et de rappeler d'autres faits qui, eux, sont étrangement oubliés.
1. Le pape d'Hitler : un mythe préoccupant.
Bref historique de la controverse concernant Pie XII, la conduite de celui-ci n'ayant en effet commencé à être critiquée qu'en 1963, soit 5 ans après sa mort, dans la pièce
Le Vicaire, de Rolf Hochhuth. Poursuite de la polémique jusqu'à nos jours avec le livre
Hitler's Pope de John Cornwell.
2. Des papes qui défendirent les juifs.
Tour d'horizon des papes qui, du VIème siècle (Grégoire I) à nos jours (Benoît XVI) ont multiplié les déclarations publiques amicales à l'intention de leurs frères juifs, dénonçant les pogroms, les accusations de crimes rituels, les spoliations de bien, allant jusqu'à menacer d'excommunication les chrétiens coupables de persécutions antisémites.
3. Le futur pape.
La vie d'Eugénio Pacelli qui, avant d'être élu pape à 63 ans, fut un diplomate au service du Vatican. Nommé en 1917 nonce en Bavière, il restera pendant 12 ans en Allemagne. Premiers propos condamnant la doctrine nazie. Prises de positions en faveur des juifs. Le concordat avec l'Allemagne signé en 1933.
4. Un Juste des Nations : Pie XII et la Shoah.
Du couronnement de Pie XII en 1939, où furent représentées toutes les nations d'Europe sauf l'Allemagne, à sa mort en 1958 : déclarations du pape pendant la guerre, l'encyclique
Summi Pontificatus, ses messages de Noël, ses homélies. Les juifs sauvés sur son initiative. Le complot d'Hitler pour l'enlever. Fin de la guerre, reconnaissance de personnalités juives illustres telles qu'Einstein ou Weizmann, premier président d'Israël. Le message de condoléances au Vatican de Golda Meir, Ministre des Affaires Etrangères d'Israël, avec ces mots : "A l'heure où un terrible martyr s'abattit sur notre peuple, pendant la décennie de la terreur nazie, s'éleva la voix du pape pour les victimes."
5 Médias progressistes et guerre culturelle.
Aveuglement volontaire des détracteurs de Pie XII. La dernière calomnie en date selon laquelle Pie XII aurait voulu garder de force les enfants juifs rescapés dans la religion catholique. L'alliance étrange de la gauche athée et des chrétiens "progressistes". Désinformation du film
Amen. Procès infondés d'antisémitisme à l'encontre de
La Passion du Christ.
6. Le mufti d'Hitler : l'antisémitisme musulman et l'incessante guerre islamique contre les juifs.
Al-Husseini, le Grand Mufti de Jérusalem, qui offrit ses services au régime nazi dès 1933 (voir photo client) et lança des appels au meurtre contre les juifs tout au long de la guerre. Le passage de témoin à Yasser Arafat. Succès dans les librairies du monde musulman des ouvrages antisémites.
7. Jean-Paul II : le pape condamne l'antisémitisme.
Un dernier chapitre où David Dalin se réjouit de la judéophilie de Jean-Paul II et de Benoît XVI, mais où il se montre inquiet de la recrudescence d'actes antisémites en France.
Cet ouvrage devrait faire changer d'avis les gens de bonne volonté qui voyaient en Pie XII un pape indécis, voire complice silencieux des crimes nazis. Les témoignages recensés ainsi que la multitude des textes cités ne laisse en effet guère de doute sur la réelle résistance du pontife face aux nazis. Dommage que l'auteur n'ait pas publié en annexe l'intégralité de certains discours. On aimerait par moments juger sur pièces plutôt que de lire des phrases constituées d'assemblages d'extraits.
Je trouve également un peu regrettable le ton polémique de la fin de l'ouvrage. L'auteur, qui reproche à plusieurs reprises aux détracteurs de Pie XII de ne pas faire preuve de bonne foi, est lui-même particulièrement partisan lorsqu'il déclare que la classe politique française actuelle demeure muette face aux actes antisémites. De même, son discours envers les musulmans est trop à charge pour ne pas devenir suspect. Dommage qu'un livre si instructif et intéressant s'achève sur une fausse note.