On a beau apprécier les enregistrements dirigés par Pierre Boulez (celui avec Christine Schäfer, le plus récent, permet en outre d''acquérir le brévissime et rare Herzgewächse, le « Feuillage du c½ur»
Pierrot lunaire), c'est le présent disque, enregistré à New York en 1970, qu'on peut conseiller en priorité à quelqu''un qui voudrait découvrir le Pierrot Lunaire, l''½uvre la plus célèbre du compositeur (mais non la moins énigmatique).
Il permet de retrouver la cantatrice Jan DeGaetani (née dans l''Ohio en 1933, décédée en 1989). Très bien captée, très présente, elle est à la fois diseuse et chanteuse, étonnante d''esprit, de naturel et de vivacité, et entourée de musiciens précis et attentifs, que dirige Arthur Weisberg.
Le couplage permet également de découvrir une ½uvre aussi rare qu'exceptionnelle, le Livre des Jardins suspendus op. 15 de 1908 (enregistrement 1974, avec Gilbert Kalish au piano). Si on la considère comme un cycle de mélodies, je dirais que c''est le plus important depuis Schubert et Schumann. Sur des poèmes de Stefan George, Schoenberg explore l''univers atonal dont la révélation était venue, en particulier, avec le Quatuor n°2. Musique en apesanteur, passionnée et hypnotique, que Jan DeGaetani, qui se montre, comme dans le Pierrot, totalement libre du fait de sa technique exemplaire, peut faire totalement sienne, allant au bout d''une certaine nuit. Attention, beaucoup de choses n''ont plus guère de goût après l''audition intégrale.