Aboutissement d'une longue dépression et terme d'une lente désincarnation entamée dès Five Leaves Left trois ans plus tôt, Pink Moon frappe par le dépouillement musical le plus absolu et met en valeur bien plus que sur les précédents disques la remarquable dextérité guitaristique de Nick. Mais plus frappant encore : la puissance émotionnelle dégagée par si peu de bruit. Un des rares disques, donc, qui nous prouve que virtuosité et émotion ne sont pas toujours incompatibles. Les deux, ici, sont entremêlés dans un monument folk dont les sentiments de solitude, d'aliénation, de renoncement, du besoin éternel d'être aimé, déchirent le coeur : on y voit moins l'image d'une lune rose que d'un soleil noir irradiant les onze morceaux d'une atmosphère spectrale et crépusculaire absolument bouleversante. Mais c'est un curieux paradoxe qui rend à mes yeux Pink Moon comme un disque extrêmement attachant. D'une part cette impression que cette pudique confession minimaliste pourrait être la nôtre, et d'autre part la certitude que le propos elliptique et l'univers lunaire, maladif et touché par la grâce de Nick Drake sont uniques, inacessibles à nous, auditeurs. C'est peut-être ça, Pink Moon : une lune rose chaude, gracieuse et attirante, mais loin, loin dans la galaxie.