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Deux ans et demi après la belle secousse causée par leur première livraison éponyme, Weezer reviennent et ils ne sont pas contents... Mettant à nouveau un coup de frein à ses études à Harvard, Rivers Cuomo a pris le temps de concocter dans l'isolement de sa chambre estudiantine une sorte d'album concept qui prend vaguement appui sur
Madame Butterfly. Finalement reconstitué en rangs serrés autour de son leader, le groupe accouche en 1996 de ce
Pinkerton. Un album qui, s'il bat bel et bien le rappel des mélodies sexy, de l'attitude détachée tellement attachante, et de la flamboyance qui avaient fait le succès de son prédécesseur, marque aussi une évolution vers plus de virulence sonore, vers un certain "déformatage". Cette tentative de mariage des contraires (mélodies-guitares magmatiques) donne souvent lieu à d'excellentes choses ("Getchoo", "No Other One" ou
The Good Life), mais occasionne à d'autres moments une certaine érosion de l'impact pop de la joyeuse bande. Rien de dommageable néanmoins, surtout qu'emprunt de cette nouvelle gravité se reflétant également dans les textes, Weezer offre un démenti cinglant à ceux qui leur prédisaient une trajectoire d'étoile filante ou ne voyaient en eux qu'un simple groupe à singles.
--Fabrice Privé
Critique
Sorti en 1996,
Pinkerton, le deuxième album de Weezer, s’avère plus sombre, moins évident que son prédécesseur paru deux ans plus tôt, le
Blue Album. Inspiré par
Madame Butterfly de Puccini, et par une espèce d’opéra rock que Rivers Cuomo avait essayé de produire après le premier album de son groupe,
Pinkerton rate –au premier abord- de manière très claire le « sempiternel virage du deuxième album »…
Si le titre d’ouverture
« Tired of Sex » séduit d’emblée par son univers déjanté que ne renieraient pas les Pixies, l’auditeur peu attentif aura du mal à digérer la suite. Les titres
« Why Bother ? »,
« Pink Triangle »,
« El Scorcho » ou
« The Good Life » laissent perplexe durant les premières écoutes. Avec le recul, Rivers Cuomo avouera même sa haine pour ce disque, qu’il considère
« comme une erreur ».
Mais comme par enchantement, les bonnes critiques et le succès de
Pinkerton viendront plus tard. Comme si cet album avait eu besoin d’une bonne digestion et de l’indulgence d’un public trop attentiste après le
Blue Album pour pouvoir apprécier à sa juste valeur ce deuxième LP mal fagoté, mais au charme fou. A ce titre,
Pinkerton est sans aucun doute l’album le plus étrange, le moins identifiable du groupe.
Pinkerton est certes le moins accessible des albums de Weezer, mais sans doute le mieux préparé à l’épreuve du temps. Un vrai gage de qualité dans une époque où trop de bons disques ne s’avèrent, au final, être que des jolis produits jetables.
Arnaud De Vaubicourt - Copyright 2012 Music Story