Playing the Angel (17 octobre 2005) est un album volontairement frais et exubérant, marquant le 25ème anniversaire de Depeche Mode. « Il faut travailler dur pour se réinventer », dira Dave Gahan. Pari réussi avec ce dernier opus, plus glauque que jamais et en complète rupture avec
Exciter (2001). Particularité : Ben Hillier, producteur de Elbow et Blur, est passé aux commandes et c’est peut-être ce qui fait la différence : il a recherché les vieux synthétiseurs et les vieilles boîtes à rythmes des années 80 mais enregistrés avec la nouvelle technologie ; l’album s'en ressent avec davantage de matière et de souffle.
Martin Gore décrit la face sombre de la condition humaine, le son est devenu électronique, sale, bourdonnant et scintillant. Le bruitisme, presque saturé à chaque fois renforce ce sentiment d’urgence et de vigueur. Les sirènes synthétiques tonitruantes de
« A pain that I’m used to » surprennent à la première écoute, alors que leurs succèdent un style subtil fougueux, entrecoupé de solos de guitares véhémentes. Au moins, c’est une entrée en matière.
« John the Revelator » le confirme. Sorte de
« Personal Jesus » musclé, il s’agit d’un morceau énergique ou l’électro se mélange volontiers aux guitares, faisant un son plus dur.
« Precious » (aux vibrations cybernétiques et au refrain triomphant),
« Macro » (sorte de pop hi-tech irradiante et accrochante, aux tournures indus),
« Lilian » (enivrante par la voix profonde de Dave), et
« The darkest star » (dont la limpidité est parfois en pleine rupture avec les bruitages « métalliques ») sont construits dans cet esprit.
Ces ambivalences sonores (bruits, scintillement, synthés vibrants…) se combinent également sur
« The sinner in me », un titre troublant par son intro grinçante, les brefs staccati explosifs et la voix sereine du chanteur, ou sur
« Damaged people », la chanson la plus enchanteresse de l’album. Mais autre particularité de
Playing the angel, ou plutôt, même, une nouveauté : Dave Gahan s’est essayé à la composition pour trois titres, tous très bons :
« Nothing’s impossible », dans laquelle les guitares blues de Martin rencontrent une mélodie hypnotique,
« Suffer well » et
« I want it all », dont la mélodie, alternant majeur et mineur et tournant en boucle, possède par sa lenteur, un côté très menaçant.
Renouvellement, nouveauté, cet album est considéré, avec ses orchestrations complexes, comme un retour aux sources de
Black Celebration ou
Violator.
Angélique Fouret - Copyright 2012 Music Story