Qu'il est beau ce 3e quatuor en sol mineur d'Ignaz Pleyel. De couleur tonale et d'atmosphères qui sonnent comme des hommages avoués à ses références autrichiennes (patrie dont il est originaire), panégyrique du style mozartien. Il commence doucement, à pas feutrés dans la veine de l'adagio introductif cher à son maître Haydn, puis finit sur la pointe des pieds. Entre-temps on explore des dégradés très classiques, entre la douce joie et l'élégie, belle écriture bien construite et contrastée, émotions sincères et humeurs maîtrisées, canalisées dans une forme brève et des mouvements homogènes. Des accents poignants, réminiscences du Sturm and Drang germaniques, à l'instar de ces râles désolés du violoncelle, évoquent déjà un autre autrichien, Schubert. Ils concluent le premier mouvement, tandis que le dernier est noté grazioso et mérite bien son indication : une mélodie à la fois très tendre et variée, sorte de mariage réussi entre les traits distinctifs des deux passages précédents, un air diaphane et sobre, à l'inquiétude discrète traversé par quelques soubresauts de la volonté d'un premier violon qui, bien que gracile, mène fièrement la danse. L'énergie, partout est reine, comme dans ce second mouvement de caractère dramatique qui semble anticiper le dynamisme martial dont fera preuve dix ans plus tard le premier mouvement de la 1e symphonie de Mehul, écrite dans la même tonalité. Pour couronner l'ensemble, une interprétation passionnante; ici comme dans les deux autres quatuors de tonalité majeure de l'opus 2 figurant sur le cd, et une lecture qui ne craint ni les élans du coeur ni le soutien de l'âme préromantique qui architecture cette petite merveille de délicatesse française.