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Martin Winckler est prolixe. Et touche-à-tout. En même temps que sort en Fleuve Noir un polar,
Mort in vitro, sur le meurtre inexpliqué de femmes enceintes, un entretien débat chez Stock avec Catherine Nabokov sur les problèmes de santé publique,
Nous sommes tous des patients, paraît, dans un tout autre registre, ce
Plumes dAnge aux éditions POL. Quest-ce que
Plumes dange ?
Reconstituant le portrait de son père à partir de ses souvenirs personnels, de lettres privées, de témoignages émanant de gens de sa famille ou damis, Martin Winckler rend hommage à Ange Zaffran, médecin puis chef de clinique, qui de lextérieur renvoyait limage "dun homme bourru, impressionnant derrière ses grosses lunettes, mais qui avait un cur dor". Martin Winckler avait 28 ans quand son père, âgé de 70 ans, est décédé. Mais, jeune homme, Martin a eu lidée denregistrer la vie de son père sur une bande magnétique en lui faisant raconter par le menu le déroulé de toute son existence. Cette matière sonore est retranscrite par écrit dans
Plumes dange, émaillée de commentaires et de réflexions au présent. Ainsi, sous cette forme originale, on plonge dans la vie dAnge. Enfant juif né en Algérie, Ange Zaffran a été pupille de la nation – son père étant mort dans les tranchées durant la guerre de 14 –, il est camarade au lycée dAlger dun certain Albert Camus, devient boursier, suit des études de médecine. Devenu interne, puis médecin en Algérie, il est contraint, en 1961, pendant les "événements", démigrer en Israël avant de sétablir définitivement en France jusquà la fin de sa vie.
Martin Winckler écoute, retrace et repense cette figure du père qui a traversé le siècle. Ce faisant, par-delà la disparition du père, grâce à lexercice de lécriture et du souvenir, est refondé le lien profond, essentiel, unique qui unit le destin du père à celui de son fils. "Jai trop tardé à le défier. Aujourdhui je dois faire face : cest sa trace en moi quil me faut affronter."
--Denis Gombert
--Ce texte fait référence à l'édition
Broché
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Présentation de l'éditeur
" Ange, mon père, m'a beaucoup parlé, et j'ai longtemps cru qu'il était " naturel " pour un père de parler à son enfant avant de comprendre que ça ne l'était pas pour tout le monde... L'attention qu'il me portait m'a gratifié ; sa parole m'a protégé et m'a aidé à grandir ; son amour m'a rendu fort. C'était un parent - et un soignant - exemplaire. Je sais que l'écriture me vient de lui : s'il ne m'en a pas transmis le gène (je ne crois pas plus au gène de l'écriture qu'au gène de la médecine ou à celui du crime...), il l'a, je ne sais comment, mise en uvre. Mais écrire, c'est se constituer en secret. Un jour, bien après la mort d'Ange, j'ai découvert dans l'écriture autre chose que ce que je croyais y mettre. " Dans Plumes d'Ange, deuxième volet d'une trilogie autobiographique commencée avec Légendes, Martin Winckler retrace à travers l'histoire de son père, le Dr Ange Zaffran, le trajet d'une famille - depuis l'accession des Juifs à la nationalité française dans l'Algérie de 1870 jusqu'à la mise au jour, en 2003, de secrets familiaux depuis longtemps enfouis.