Depuis 1995, du bruit dans le Landerneau, grâce à Merzhin (Merlin, en Breton), qui sans concessions, mais avec énormément de concerts, est parvenu à éditer, en dehors des sentiers balisés, un album public (Merzhin Live-2008), ainsi que trois albums en studio (Pleine Lune-2000, Adrénaline-2002, et Pieds Nus Sur La Braise-2006). Dès leurs débuts fracassants (qui ne se souvient pas de « Les Nains de jardin » ?), les six membres du groupe se sont attachés à mêler dans leurs sonorités les instruments coutumiers du rock, à des harmonies plus inhabituelles (la bombarde, le hautbois, ou les glissandi de l’archet électronique).
C’est en 2006 que le combo (qui, comme en témoigne un emprunt à leur répertoire, voue une affection de petit frère aux Sheriff) entame une fructueuse collaboration avec Mathieu Ballet (Miossec, Bashung, ou Thomas Fersen…). C’est encore ce dernier qui s’est vu confier la réalisation de Plus Loin Vers L’Ouest, appel des grands espaces, vers cet ailleurs qu’offrent les pérégrinations. Les treize chansons reprennent peu ou prou les choses là où les précédentes productions les avaient laissées : un sens presque intuitif d’un rock francophone sans affèteries, des guitares triomphantes entraînant le reste de l’instrumentation, et des chants de révolte à l’usage des jeunes générations. Mais quelques nuances subtiles (l’irruption d’un saxophone, le goût assumé de climats plus retenus, une clarinette ondoyante) enrichissent notablement le panorama.
Difficile de ne pas se dresser d’enthousiasme à l’intro pétaradante de « Sweet Guerilla », saluer l’héritage punky de « Cobaye » (élections, pièges à cons ?), ou goûter la tension nerveuse de « Duel ». Mais la musique de Merzhin ne se résume pas à une succession de vaines excitations, et élargit en effet désormais son champ d’inspiration. « Train de nuit » décline en clair-obscur la fascination pour les voies (ferrées) qui montrent la voie. « Le Serment » a la tendresse d’un road-song à forte connotation country, et on bénéficie dans « Le Pacte du diable » d’une suavité inattendue. Quant à la chanson-titre (qui, petite coquetterie, clôture l’album) elle laisse résonner de profondes guitares, sombres comme le fantôme de Duane Eddy. Et ceux qui craindraient un affadissement du sextet se pencheront avec profit sur « Liberté » : rythmes en cavalcade, et tempo implacable, le thème bat le rappel de ces chansons à souffle épique, où l’on évoque les poings levés, et la couleur d’un espoir. Le rock des six copains de lycée ressucite alors l’enthousiasme de ces Brigades Internationales de la jeunesse qui tiennent à vivre debout.
Emmené par un Pierre Le Bourdonnec au chant irradié, et revendiquant désormais, et à visage découvert, un authentique penchant pour l’americana (de la marge, naturellement, tendance Calexico), Merzhin réalise avec cette nouvelle production l’authentique exploit d’un album dynamiteur, sensible, et vibratile : une authentique réussite.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story