Revue de presse
En ce mois d'octobre 2010, les éditions Akata/Delcourt nous proposent de découvrir un nouveau titre du talentueux Hiroshi Hirata: Plus forte que le sabre, oeuvre venant s'inscrire directement dans la politique de manga "famille" de l'éditeur en nous invitant à suivre, à l'époque des Provinces Combattantes, une femme de samouraï forte et courageuse face à l'adversité.
La femme de samouraï en question se nomme Hisa, et dès le jour de ses noces, elle fait clairement comprendre à son mari qu'elle ne sera pas qu'une poupée juste bonne à l'attendre à la maison, et qu'elle sera encore moins une femme soumise. Hisa a de la force et du caractère à revendre, ainsi que des principes proches du bushi qu'elle ne cessera de tenter de transmettre, que ce soit à son mari qui n'a que peu d'égard pour la vie d'autrui, à ses enfants qui découvrent à peine la vie, ou à ses comparses féminines qui doivent montrer plus de détermination et de courage, moins de passivité. La jeune femme parviendra-t-elle à changer les mentalités, à commencer par celle de son mari, pour en faire un homme d'honneur ?
On se retrouve donc face à de nombreuses scènes nous amenant à suivre les péripéties de Hisa, des plus paisibles aux plus violentes, de la découverte de la pêche aux coquillages aux menaces de viol de sombres individus, en passant par le sacrifice d'un taureau ou des accouchements en solitaire. Dans toutes ces épreuves, la figure de Hisa nous montre une femme forte, courageuse et droite en toute circonstance. Peut-être même un peu trop, car en effet, il faudra faire avec la force colossale de la dame, capable de repousser des ennemis à l'aide d'une seule main, entre autres. Mais à vrai dire, cette force physique colle bien avec la force psychologique du personnage.
Et en fond, Hiroshi Hirata reste fidèle à son genre de prédilection, le récit historique de samourai, en nous dressant une saga épique à mi-chemin entre l'aventure et la tranche de vie à la façon de Satsuma, par exemple.
La comparaison à Satsuma ne s'arrête pas là, puisqu'elle se retrouve aussi dans la représentation visuelle que nous offre l'auteur: ici, aucune concession n'est faite, Plus forte que le sabre est crû et vrai, et ne cherche pas à embellir physiquement ses personnages. En dehors de quelques excès, l'ensemble sonne juste. Pour le reste, que ce soit à la plume ou au pinceau, le dessin de Hirata reste un délice reconnaissable entre mille.
Tout en dépeignant en toile de fond une fresque historique immersive teintée d'un quotidien crû et instructif, Plus forte que le sabre se dresse comme une véritable ode à la femme, souvent forte, parfois faible mais toujours courageuse, que ce soit en tant qu'épouse, mère ou amie. Après ce premier volume, on semble tenir un Hirata de très bonne facture.
Rien à redire sur l'édition: impression et traduction de qualité, premières pages en couleurs, clés de compréhension peu nombreuses mais toujours pertinentes.
koiwai
(Critique de www.manga-news.com )
Biographie de l'auteur
Victime des bombardements, sa famille part s'installer à Nara où son père ouvre une boutique de pompe à eau. Hiroshi a six frères et sœurs et doit souvent sacrifier ses après-midi de classe pour aider son père au magasin. À l'époque, le manga ne l'intéresse pas encore mais il participe déjà au journal de son collège et voue une grande admiration aux illustrations des romans historiques, particulièrement celles de Kiyoshi Kimata.
Il n'a que 17 ans lorsque, à la mort de son père, il doit abandonner ses études pour subvenir aux besoins de sa famille. Il commence alors à travailler dans une entreprise d'équipement. Grâce à un ami du collège, il publie sa première histoire en 1958 Le Sabre tueur d'amour et de haine (Aizô-hissatsuken) dans la revue Mazô des Éditions Hinomaru-Bunko. La collaboration se révélant fructueuse, il fait paraître six autres histoires dans le magazine.
Fin des années 50, un libraire l'incite à lire "Endiguement de Horeki" qui raconte l'histoire du fief de Satsuma. Intrigué par cet épisode de l'histoire du Japon, il approfondit ses recherches et fréquente librairies et bibliothèques pour étoffer ses connaissances sur l'histoire du Japon. En 1965, il part pour Tokyo à la recherche de travail. À cette époque, il édite des nouvelles des romanciers Renzaburô Shibata et Norio Nanjô. Trois livres paraissent : "Zatoichi", "Histoire de Nisha" (Nisha-den) et "Rivière du Sang" (Chishio-gawa). Fin des années 1960, le gekiga est à la mode au Japon et deux de ses publications, "Misère de la voie du samouraï" (Bushidô muzan den) et "Ecole de sabre kanzashi" (kanzashi kenpô) remportent un grand succès.
Au début des années 1970, la carrière de Hiroshi Hirata prend un tournant décisif. Il devient l'incontournable auteur de gekiga, spécialiste de l'histoire du Japon et des samouraïs. Il commence notamment la série L'âme des samouraïs en 1969, Épouse à vie en 1972 et Prêteur de vie en 1973. Au début de l'année 1973, il voit deux de ses histoires édités en livres reliés et destinés à la vente : "L'âme du Kyudo" et "Prêteur de vie". C'est dans ce même mouvement qu'il s'atèle à une nouvelle série, "Satsuma Gishiden" en 1977 (série qu'il achève en 1982).
En 1978. il voit son œuvre exposée au Comic Convention de Saint Diego aux États-Unis Son travail sur "Satsuma gishiden" l'épuise et en 1983, il décide de faire une pause. Après une année de pause pendant laquelle il exerce le métier d'électricien, il commence une nouvelle série "36 stratégies de Kuroda". Depuis 1983, il ne cesse de travailler sur de nouveaux projets, il signe son autobiographie en 1990, "Histoire d'un père", et pousuit aujourd'hui son métier de gekiga-ka avec "36 stratégies de Kuroda" et "Le Nouveau prêteur de vie". Hiroshi Hirata est également un maître calligraphe reconnu.
(source akata.fr)