Ils sont sept comme les sept mercenaires. Et ce que proposent ces sept-là, originaires de
Chicago (hors mis Jeff Albert qui nous vient de la Nouvelle Orléans), c'est un jazz underground, débridé, jubilatoire, rempli de surprises, loin de la guimauve précieuse et des paillettes du star system. Une preuve s'il en est : de ce disque, je n'ai trouvé aucun écho dans les magazines spécialisés (faut dire qu'ils ne sont plus très nombreux). Pas un article ni un entrefilet. Quant à la presse généraliste, n'en parlons pas! Et pourtant, Pluto Junkyard est sans aucun doute l'une des quatre ou cinq réussites majeures de l'année 2009. Les musiciens ont pour la plupart moins de 35 ans, et avec eux, l'avenir paraît sûr et radieux. Une seule hâte : les retrouver en concert! En attendant, cet opus résolument jazz, s'il n'est pas novateur possède cette aura extraordinaire. C'est le jazz qui me définit le mieux. Le jazz tel que je l'aime par dessus tout parce que imprévisible, surprenant, cérébral, avant-gardiste et d'une force émotionnelle inouïe.
Les fans de
Bobby Hutcherson et de
Grachan Moncur III (période Blue Note), eux non plus ne seront pas déçus. En effet, la place tenue par le vibraphone de
Jason Adasiewicz et le trombone de
Jeb Bishop est centrale. Sans tomber dans l'imitation de leurs aînés, ce petit groupe de musiciens renouvelle le genre, s'incitant mutuellement à trouver des formes libres. Ce qui donne à la musique un aspect juvénile et spontané assez exceptionnel. C'est d'une richesse inouïe, d'un swing ravageur, la place laissée à l'improvisation est également judicieuse, jamais excessive ou tournant à vide. Pas un moment où pointerait l'ennui. Bref, les musiciens ont frappé fort. Très fort même. Le genre de disque où le doute sur sa réussite n'est même pas envisageable. Pluto Junkyard, depuis que je me le suis procuré, ça doit faire une bonne vingtaine de fois que je l'écoute. Et Julien a été un sacré passeur. Julien, si tu passes par là, encore merci... Je lui avais fait part de mon engouement pour l'opus de
Josh Berman paru cette année sur le label Delmark. Sa recommandation pour Pluto Junkyard allait donc de soi. En effet, on retrouve le cornettiste et sa bande de copains : Jeff Albert au trombone (il signe la quasi-totalité du répertoire),
Keefe Jackson est au sax ténor (écoutez son solo sur Ash, plage 3), Jason Adasiewicz au vibraphone, Matthew Golombisky à la contrebasse et Guin Kirchner à la batterie.
Les compos au nombre de neuf ne frisent jamais la redite. Dès le premier thème, #6, de grosses surprises sont au rendez-vous. Et comme moi, vous allez être happés par tant de finesse et de plaisir. On est loin du pompiérisme soporifique et de l'agitation saugrenue qui sont devenus le lot courant. Qualité des compositions et des improvisations (Jaki's Walk, The Dan Hang). Ruptures de tempo hallucinant (Ash, Pluto Junkyard), groove puissant (Future Dog, Ash), force de conviction ahurissante. Les contrastes sont à ce point étonnants. Ces types-là ont travaillé leur répertoire et leur matériau, y a pas à dire. Sans parler de l'humour et de l'intelligence du propos, peu communs, du sens de la dramaturgie énorme (Afterwards). Bref, chaque morceau possède ses cinq étoiles et plus. Musicalement irréprochable. Les oreilles les plus affûtées se régaleront. Ces admirateurs de
Sun Ra ne se prennent pas la tête et encore moins au sérieux. C'est ce qui pouvait arriver de mieux cette année dans le monde du jazz. A noter aussi une qualité de son exceptionnelle, mettant en valeur chaque instrument. Ma conclusion : chef d'œuvre absolu.
PS. Clean Feed, le label a encore soigné sa présentation. Disque digipack, liner notes de Jeff Albert qui revient sur les circonstances de l'écriture de chaque thème.