Après six années d’absence, dEUS montre avec
Pocket revolution qu’il n’a rien perdu de sa superbe, et offre douze titres très efficaces aux sonorités pop. Centré autour d’un Tom Barman devenu leader indiscutable, les chansons sont modernes et dans la veine dEUS malgré le changement presque total du line-up, ne reste de la formation originale que Tom Barman et Klaas Janzoons le violoniste. L’expérience du groupe, les projets-solo de chacun, permettent de mieux canaliser la complexité de leurs compositions pour s’inscrire dans une forme essentielle, prouvant par la même occasion une capacité à être de son temps. C’est d’ailleurs par un titre moderne et progressif qu’ils ouvrent cet album,
« Bad timing », le dernier morceau composé pour cet opus, révèle la teneur du disque tout en retenue, s’inscrivant dans une spirale qui ne cesse de s’amplifier en gardant la même formule rythmique, ne s’appuyant juste que sur l’effervescence et la nuance de leur jeu. Le chant de Barman est aussi grave et chaleureux que dans les albums précédents, toujours sur le fil ce qui à l’avantage de le rendre précieux, presque intellectuel.
« 7 Days,7 Weeks », choisit pour être le single, ne reste pas comme un des titres marquants du disque, son allure pop conventionnelle le rend presque transitaire.
Les choses s’accélèrent avec
« Stop-start nature », titre composé avec Cj Bolland, l’acolyte de Barman dans Magnus. On trouve dans ce titre tous les ingrédients qui placent dEUS à la croisée des chemins, la rythmique électronique entêtante qui revient sans cesse de manière imparable jusqu’à l’explosion à la sauce anversoise. Ce hit pourrait prendre à lui seul toute la signification du disque, tellement la « révolution de poche » y est palpable. Dans la plus pure tradition rock
« If you don’t get what you want » laisse l’énergie en suspension, la jambe tremble toujours en rythme, la superposition des instruments est chirurgicale, l’arrivée en force de la basse, sublime. Ce titre a toute l’allure d’un standard. Le tout s’apaise sur les deux titres suivants
« What we talk about (when we talk about love) » et
« Include me out » où l’on retrouve un dEUS d’autrefois délivrant de l’ambiances dépouillées avec une pointe de mélancolie ou d’épuisement. Arrive ensuite
« Pocket revolution », son introduction est planante, le chant calme quasi essoufflé fait mouche, on plonge à coups sûrs dans la tourmente lorsque le refrain gronde. L’arrangement des chœurs posé par les nouveaux arrivants, Stéphane Misseghers (batterie) transfert du groupe belge Soulwax et Mauro Pawlowski (guitare) frisent le génie et nous rappelle le meilleur des albums précédents. On reste dans cette même teneur électrique dans
« Nightshopping », Tom Barman nous sert de nouveaux spoken-words lubriques, avant de se faire envoler par la mélodie de guitare omniprésente. On retrouve sur ce titre Stef Kamil Carlens, parti du groupe pour former Zita Swoon, poser quelques backing vocals.
«Cold sun of circumstance » atteste que la force des anversois n’est pas seulement dans leur sens de la composition, mais aussi dans leur manière d’enregistrer et de délivrer leurs titres. Le montage studio est d’une inventivité rare, vont se mêler dans ce titre une introduction totalement folle à la limite du cinéma, un rock puissant teinté de blues, un retour de l’image sonore dans un pont irrité de cris – spoken words en tout genre et une outro jazzy reposante qui sert de tremplin au
« The real sugar », petite ballade légère, presque amoureuse. Les disques de dEUS sont toujours agencés de manière à s’ouvrir et à se refermer comme pour traduire un fragment d’existence plus ou moins conscients et
Pocket revolution ne déroge pas à la règle. Pour répondre au
« Bad timing », le titre
« Sun Ra » sonne comme la fin de ce disque dans une spirale rock infernale, on pourrait même dire hallucinée tant ce morceau virevolte autour d’un violon strident à la manière d’un
« Suds & Soda », l’hymne de leur premier album
Worst case scenario. dEUS tire sa révérence sur le superbe
« Nothing really ends » qui nous prend d’émotions soudaines, et à Barman de finir par un « I’d take it all from you », « je prendrais tout cela de vous » en français dans le texte. Après des années d’absences, d’interrogations, de doutes, dEUS s’affirme bien comme un groupe des années 2000 que ce soit dans sa manière de jouer, d’écrire ou de traduire le monde d’aujourd’hui, ce qui leur vaut d’ailleurs une critique générale dithyrambique de la presse spécialisée. Si le titre de l’album n’est pas innocent, seul bémol, l’Artwork de Marc Meulemans… laisse dans l’interrogation.
Mikl Leroy - Copyright 2012 Music Story