Toujours pas de DVD zone 2 pour un film de cette importance, c'est regrettable. Le premier long-métrage de John Boorman (en fait, son deuxième, mais le premier était négligeable) est pourtant un thriller d'une originalité décoiffante.
Le film inaugure le mythe de l'innocent (au sens restreint comme au sens large) trahi qui revient d'entre les morts pour se venger. Walker (Lee Marvin, impassible mort-vivant, rocailleux, superbe) ne restera pourtant qu'un électron prisonnier de sa vengeance, en lutte contre une Organisation de type kafkaïenne, véritable poupée russe où chaque huile en cache une autre. Innocent, Walker l'est jusqu'au bout, car il ne tue personne : il laisse les personnages s'entre-tuer en se jouant de leurs guets-apens. Il ne s'agit donc pas véritablement d'un vengeur sanguinaire et sans pitié, ce qu'on pourrait croire de prime abord.
La mise en scène multiplie les audaces formelles qui explosent les conventions du genre : lacération du récits, échos, flash-back, micros individuels (donnant l'impression de vivre le film de l'intérieur des personnages) et narration psychédéliques qui se refuse à tout objectivisme narratif. Un objet cinématographique iconoclaste, débuts prometteurs d'un cinéaste qui allait multiplier les chefs-d'oeuvre (Delivrance, Excalibur, La fôret d'émeraude, etc).