C'est le cinquième album de Kansas, réalisé en 1977, et c'est pour moi un vrai bijou, brillant d'un bout à l'autre, sans la moindre longueur, le moindre remplissage. Concis, fulgurant, inspiré, sauvage et léché à la fois, en constant équilibre entre constructions savantes et énergie rock bouillante, avec un son encore bien ancré dans les seventies, et c'est tant mieux !
L'album se divise en deux faces, logique à l'époque du vinyl; la première est plutôt homogène, la seconde beaucoup plus diverse, passant de hard-rock foudroyant (c'est le cas de le dire) ("Lightning's Hand", accessoirement le titre le plus violent du groupe à ma connaissance) voire funky ("Sparks Of The Tempest") à grande fresque épique (que le combo avait déjà abordé avec bonheur dans ses opus antérieurs - voir "The Wall" et surtout "Magnum Opus", toutes deux figurant sur le précédent "Leftoverture"), en passant par une ballade entrée dans la légende, "Dust In The Wind", immense tube mondial (mais pas du tout caractéristique de la musique du groupe de Topeka).
Les cinq morceaux qui composent la première face sont (à l'exception du dernier) vifs, énergiques, surtout les trois premiers, le très ramassé "Point Of Know Return" (unique single de l'album avec "Dust In The Wind"), le deuxième, "Paradox" dans la même veine mais un peu plus long et l'instrumental frénétique "The Spider", comme une cavalcade effrénée, avec son orgue à la U.K. ou E.L.P. (l'orgue, élément fondamental du son Kansas, surtout dans les années 70, et présent sur tous les titres de cet album à l'exception de "Dust In The Wind"). "Portrait (He Knew)" (sur Albert Einstein) ralentit un peu le tempo, tout en demeurant dans cette veine énergique et impétueuse caractérisant le disque jusqu'ici; ce n'est qu'avec "Closet Chronicles" (sur Howard Hugues) que l'ambiance change : une construction complexe, progressive mais à la teneur plus rock que "Hopelessly Human", d'une durée d'un peu plus de six minutes bien qu'on croirait qu'elle en fait dix en raison de sa densité, de la richesse de son inspiration, avec un passage central d'abord calme et de toute beauté, qui s'épanouit ensuite en un développement admirable et digne des plus belles constructions de Genesis.
C'est d'ailleurs ce qui fait l'originalité de Kansas (et qui le démarque par la même occasion d'un Journey ou d'un Foreigner) : cette juxtaposition et même fusion de rock américain héroïque et de progressif à l'anglaise saupoudré ici et là de références à la musique classique, sans oublier l'omniprésence d'un violon bondissant faisant jeu égal avec une guitare électrique aux solos jamais trop longs et exécutés à la perfection.
Quoiqu'il en soit, cet album ne semble ni artificiel ni composite, mais expose une formation au sommet de son art. L'album suivant sera d'ailleurs un live récapitulatif, le double et somptueux "Two For The Show", l'autre indispensable de Kansas...
Après "Monolith" et son splendide art-work, la musique se fera moins intéressante et créative, malgré quelques réussites notables à l'exemple du très bon "Somewhere To Elsewhere"... Ailleurs, comme entre deux mondes, sans jamais basculer vraiment. "Point Of Know Return" fut réellement un point de non-retour.
Personnel : Kerry Livgren (principal compositeur du groupe) (guitares, claviers), Steve Walsh (chant, claviers), Robby Steinhardt (violons et chant principal sur trois titres), Rich Williams (guitares électriques rythmiques), Dave Hope (basse), Phil Ehart (batterie, percussions), soit la formation "classique" du groupe.