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Commentaires client les plus utiles
14 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Comment articuler les sciences et la démocratie?,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Politiques de la nature (Broché)
Cet excellent ouvrage peut être décrit comme la continuation d'une question à peine esquissée et bien cavalièrement traitée dans le dernier chapitre de « Nous n'avons jamais été modernes ». Alors que ce dernier avait pour principal objet de décortiquer le partage établi par les modernes entre la nature et la société, les qualités premières et secondes, la vérité indiscutable des faits et l'arbitraire des rapports de force, « Politiques de la nature » se coltine le difficile travail de reconstruction. Il faut aussi lire cet ouvrage parce que, plus qu'ailleurs, Latour aiguise et précise ses arguments, et affronte les questions les plus risquées pour un sociologue des sciences. Et on découvre alors qu'il est bien éloigné de la caricature que des lecteurs pressés veulent en faire : il n'est pas un relativiste, il ne nie pas la réalité extérieure et il sait bien que, s'il se jète d'un quinzième étage, son état à l'arrivée confirmera que la loi de la pesanteur n'est pas qu'une « construction sociale » - et il faudrait quand même que tout le monde aborde ces problèmes en admettant cela avec la même absence d'ambiguïté que lui. En fait, ce qui surprend à mesure que l'on avance dans l'ouvrage, c'est combien la position de Bruno Latour est éloignée d'un quelconque extrémisme. Il a peu de choses à reprocher aux sciences telles qu'elles se pratiquent aujourd'hui, et prend bien soin de distinguer les sciences de la Science, dernier terme qui désigne une certaine manière de présenter et de jouer de l'activité scientifique et de ses productions. Bien sûr, il est provocateur, il dramatise et il est si habile de ses mots que sa langue volontiers sarcastique peut heurter toute personne qui se sent montrée du doigt. Mais à partir du moment où on comprend que Bruno Latour n'en veut qu'à l'articulation entre la Science et la politique, l'ouvrage doit pouvoir intéresser un cercle de lecteurs beaucoup plus large que les seuls fanatiques de la « construction sociale de... ». Et encore faut-il être précis : ce qui l'agace, c'est le répertoire utilisé par la Science lorsqu'elle s'invite dans la politique, à savoir armée de faits déjà faits, incontestables, capables de faire taire toute discussion et face auxquels la politique n'aurait d'autre solution que de s'incliner. Ce qu'il refuse, c'est cette manière de masquer le lent travail d'élaboration des faits et la discussion de leur hiérarchie au sein des problèmes du collectif. Elaborés hors de la sphère commune, ils ont la capacité de court-circuiter les discussions par référence à une nature qui rend inutile toute discussion, alors même que tout dans ces faits n'est pas indiscutable de même que, après stabilisation, tout n'y est pas discutable (et il est sans doute utile ici de souligner ici que Latour parle de « propositions instituées » qui ne doivent plus être remises en cause, sa divergence portant sur le processus par lequel des propositions sont instituées). C'est un nouvel ordonnancement que propose l'ouvrage, fort de ces imbroglios caractéristiques des questions écologiques où s'entremêlent chercheurs, ministres, vaches, fermiers, associations de consommateurs, prions, etc. C'est cette complexité des intervenants et l'ampleur de ce que touchent les nouveaux faits que Bruno Latour veut permettre et légitimer en la rendant plus consciente de ce qui l'autorise. On pourra discuter de ses propositions qui, personnellement, me semblent assez alléchantes et surtout raisonnables, mais il y a deux écueils qu'il faudrait éviter : rejeter le problème en bloc et dire que l'articulation science/politique ne pose pas de problème, en arguant par exemple d'un partage des tâches entre faits et valeurs ; refuser de voir en Latour autre chose qu'un relativiste pour qui la société a un droit de regard sur l'élaboration des faits, comme si cela revenait à dire que le politique peut modifier la réalité extérieure et détruire, par exemple, la loi de la pesanteur. Autrement dit, il faut comprendre que cette interprétation même n'est possible que par l'intermédiaire d'une constitution moderne séparant radicalement nature et société. Latour est assurément joueur et beau parleur, mais il est aussi raisonnable et - pourquoi ne pas utiliser ce mot ? - responsable.
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
a lire, relire et méditer,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Politiques de la nature (Broché)
bouquin hyper utile, didactique, écrit dans une langue très accessible.
esentiel pour qui veut faire de l'écologie sans faire de l'écologisme(ayatollahs s'abstenir) et qui permet de repenser le Politique (et non pas la politique au sens politicien). Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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