La famille Freeling a des ennuis. Leur petite fille Carol-Anne (z'auraient pas pu trouver un prénom moins ridicule) a été happée par le placard à jouets. Prisonnière entre deux dimensions, elle communique difficilement avec sa famille via un poste de télévision, objet d'abrutissement désormais synonyme de passerelle avec l'au-delà. De quoi rendre jaloux tous les Mike Teavee du monde. Le pitch est cinglé, c'est un fait. Mais on n'en attendait pas moins de la part de ce grand fêlé de Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse bien sûr). Sauf que le réalisateur en question n'a pas vraiment dû transpirer durant le tournage, probablement trop occupé à retranscrire toutes les volontés du Dieu Spielberg ; producteur, scénariste, monteur, et sans aucun doute le vrai metteur en scène du projet. D'ailleurs, ce n'est pour rien que l'on retrouve de nombreux tics visuels chers à l'auteur de Jaws, lequel prend beaucoup de plaisir à amonceler les clins d'½il au copain Lucas et à sa propre filmo sans trop se préoccuper du quand dira-t-on. Bref, la paternité de Poltergeist est plus que discutable. Ceci étant posé, une interrogation cruciale reste suspendue dans les airs : notre petit bâtard n'a-t-il pas trop souffert de cet affrontement de personnalités au demeurant très différentes ? Eh bien si, malheureusement. Mi-figue mi-raisin, mi-impressionnant mi-ridicule, mi-conservateur mi-satanique, Poltergeist brasse le chaud et le froid avec la régularité d'un climatiseur premier prix déréglé, échouant globalement à inscrire son nom au panthéon des plus grands films paranormaux de l'histoire du cinéma d'horreur. C'est bien simple, les bonnes et les mauvaises surprises s'entrechoquent en permanence. Par conséquent, si l'on savoure avec un certain effarement les premiers et derniers segments du long-métrage, au choix inquiétants ou dévastateurs - on ne répètera jamais assez à quel point les dix minutes qui clôturent la projection constituent une sorte de best of du cinéma fantastique -, on ne pourra que déplorer le pathos assez appuyé découlant des scènes familiales et le burlesque des rebondissements faisant le lien entre la première et la dernière partie - carton jaune aux simagrées assez insupportables de la "désenvoûteuse" de maisons boulotte en guerre contre les démons. En somme, il y a deux films dans le film : un tiédasse (celui signé Spielberg) et un corrosif (celui signé Hooper). Il n'empêche, le visage céleste de la petite Heather O'Rourke (partie retrouver les anges à la fin du tournage du troisième épisode) fait partie de la "légende" d'une production inégale, mais largement supérieure aux crétineries paranormales qui étrillent le box-office depuis quelques années déjà.
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