Ponyo, "fille" aînée des expériences d'un savant/sorcier, Fujimoto, monte à la surface et s'éprend d'amitié pour Sosuke, un petit garçon qui vit sur la falaise. Reprise par son "père", Ponyo n'a de cesse de remonter à l'air libre, engendrant une catastrophe magique.
Vu de loin, le scénario est une adaptation au Japon moderne de "La Petite sirène" d'Andersen, avec une pincée de "Pinocchio". Mais Miyazaki dépasse largement le concept d'adaptation en enrichissant son propos d'images assez incroyables, et d'une liberté d'invention où les déchaînements d'une tempête de vagues-poissons côtoient la sérénité d'un paysage envahi par la mer du Dévonien. Le style marie de façon parfaite un aspect souvent enfantin, où les décors sont tracés au crayon de couleur comme un dessin d'enfant, et des éléments au rendu beaucoup plus réaliste. Mais tout le propos du film est là: un film pour enfants qui parle de la pollution sans en faire vraiment son sujet central, sans prêcher, simplement en montrant le fond marin tel qu'il est, et qui éveille des échos dans la tête des enfants comme des adultes (à ce dernier titre, certaines images ont des connotations très reproductives, comme le banc de petites s½urs de Ponyo, très phalliques quand elles se déplacent, surtout lorsqu'elles viennent téter la bulle où est enfermée leur s½ur: ce qui passera parfaitement inaperçu des enfants, mais n'est sûrement pas une coïncidence dans un film dont le propos est de rendre la mer à nouveau féconde).
Et puis, il y a la marque de Miyazaki, cette justesse de l'animation et des ambiances, cet emploi d'une bande-son qui assoit la crédibilité de l'histoire, où la musique n'est pas un soulignement permanent comme trop souvent dans les dessins animés, mais une ponctuation malicieuse (la tempête a des échos de "Charge des Valkyries", ce qui n'est pas surprenant, vu le nom donné par Fujimoto à sa "fille").
Mais foin de toutes ces considérations: avant tout, "Ponyo sur la falaise" est une histoire excellente, surprenante, alerte et bien menée, avec des personnages joliment dessinés, aux gestes toujours justes, un constant plaisir dû à un Miyazaki en pleine forme inventive. L'édition Blu-ray (une première au monde pour un film de Miyazaki, semble-t-il) est impeccable.