Entre 1980 et 1982, The Cure a sorti trois albums, formant indéniablement une trilogie dite 'glacée'. J'aborderai ici même les deux premiers volets (Seventeen Seconds de 1980, et Faith de 1981) prochainement, mais c'est par le troisième volet que, curieusement, j'ai eu envie de démarrer mon exploration. Courte exploration, d'ailleurs : je ne pense pas aborder d'autres disques du groupe hormis ces trois-là.
Pornography (titre d'album qui étonnera et consternera pas mal de monde) date de 1982. Si les deux premiers albums étaient assez sombres (surtout Faith, souvent très glauque dans ses paroles : All Cats Are Grey...), Pornography, lui, avec ses 43 minutes (pour 8 chansons) est tout simplement terrifiant. Je l'avoue sans honte, ce disque m'a traumatisé, littéralement, et il continue de le faire.
On ne saurait suffisamment mettre en garde les auditeurs fragiles (en particulier ceux qui ont une bonne connaissance de l'anglais) contre la violence mentale et physique de la musique de cet album. En 1982, The Cure (et surtout le chanteur/guitariste/compositeur, occasionnellement claviériste et violoniste Robert Smith) allait mal. Faith a été mal accueilli par les médias (pour Pornography, ce sera pire), Robert Smith boit, et découvre les drogues hallucinogènes dures. Il sombre dans une sorte de folie intérieure, et de frénésie. Il compose ce disque dans un délire, prétendant aujourd'hui ne plus avoir de souvenir de l'enregistrement de cet album fondamental.
On a souvent qualifié la musique des Cure de gothique ; ce n'est pas le cas de Pornography. C'est un disque sur l'autodestruction d'un homme.
L'album s'ouvre par les presque 7 minutes de One Hundred Years. Batterie tribale, extrêmement violente, guitare stridente, hurlante, au son assez malsain (le producteur du disque, Phil Thornalley, trouvera le son horrible, Robert Smith l'imposera pourtant - ce son tout en échos morbides, en sustain, apporte une touche glaciale et sépulcrale à l'album). Les paroles frappent dur : It doesn't matter if we all die, 'peu importe que nous crevions tous'. Comme passerelle pour un album, on a souvent fait plus commercial ! Le morceau fait peur, tellement il est violent, sanglant.
A Short Term Effect (mon morceau préféré avec le quatrième) à l'intro magistrale, The Hanging Garden qui sortira en single et possède une partition de batterie tout simplement phénoménale (l'intro !!!) et des paroles troublantes (cover my face when the animals die)...Et la face A se terminait par la déferlante morbide, triste, émouvante (impossible de ne pas chialer quand je l'écoute) Siamese Twins. Désolé, mais ce morceau est trop fort, trop parfait, je ne peux pas en parler. Impossible.
La face B s'ouvrait sur le traumatisant The Figurehead, musique mélancolique et sordide, paroles superbement glauques. A quoi carburait Smith, mon Dieu ? Ce disque le montre totalement flingué. A Strange Day est un autre titre presque commercial (l'autre étant le single cité plus haut, qui n'eut pas de grand succès), mais sa musique est lourde, pesante.
Pesante ? Mais que dire alors de Cold, qui mérite bien son nom, et pourrait être jouée à un enterrement ? Triste, tragique même, froide, malsaine chanson. Superbe chanson, aussi. Le titre le plus angoissant du disque, probablement, avec le final, Pornography, 6 minutes inqualifiables, terrifiantes, traumatisantes, malades...se terminant par un paradoxe total avec le début du disque : I must fight this sickness/Find a cure. Par rapport au It doesn't matter if we all die de One Hundred Years, c'est un effort, mais la musique, elle, semble sortie de l'Enfer...comme la pochette. Comme l'ensemble du disque, version sonore de l'Enfer de Dante.
On pourrait écouter un milliard d'albums différents chaque jour pendant 10 ans sans jamais réussir à retrouver un disque aussi fondamental et terrifiant, et traumatisant (j'insiste vraiment sur ce terme) que Pornography. Maintenant, je comprend le pourquoi de ce titre provocateur : Robert Smith s'est mis à nu, dans ces 8 chansons. Il s'est étalé d'une manière pornographique. Et le résultat n'est pas beau à entendre, même si ce disque, le meilleur absolu du groupe, et un des plus grands disques au monde, mérite vraiment l'écoute. Un sommet difficile, complexe, terrible, mortifère...mais splendide, aussi, et courageux. La quintessence des Cure.