Une des plus impressionnantes pochettes de l'histoire du rock, la plus terrifiante en tout cas ; trois créatures de la nuit irradiées par les flammes de l'enfer, plongées dans un bain d'acide sulfurique, aux figures déformées, distordues, éclatées. Nous voilà prévenus : de l'écoute de cet album, on ne sortira pas indemnes...
Et, en effet, tout ici suinte la radicalité, la quête de l'extrême, de sorte que Robert Smith peut proclamer dès l'ouverture : "peu importe si nous mourrons tous". L'impulsion est donnée. Le cauchemar schizoïde démarre, il n'y a plus ici que lambeaux sonores pathologiquement distillés, voix implorantes, hurlantes, comme emmurées, prisonnières de leur chaos intérieur.
Pourtant on aurait tort de ne voir là que l'expression puérile d'une colère adolescente, un romantisme de pacotille. Si colère il y a, celle-ci est maîtrisée de part en part, une colère adulte, poignante et résignée. Cet album n'a rien du mourroir que certains y ont vu. Les compositions sont sublimes, d'une beauté absolue. La cohérence dans l'enchaînement des titres est parfaite. Ce disque procure une jouissance de tous les instants, à tel point qu'il est inutile de citer un titre : tous sont rigoureusement indispensables, on transite d'un chef d'oeuvre à un autre, sans jamais éprouver la lassitude...Pornography, dans sa radicale et désespérée beauté marque une autre date importante de l'histoire du rock, après les efforts fondamentaux de Joy Division pour produire une traduction musicale des tréfonds tourmentés d'une âme humaine en perdition.