Après le départ, aussi inattendu que précipité, du guitariste Adam Kessler il y a quelques mois de cela, le groupe devenu trio s’est précipité en studio pour noyer son chagrin dans la musique. La meilleure des thérapies, entend-t-on souvent. Et, en effet, Portamento porte les stigmates d’une cruelle déception tout en témoignant de la solidité de The Drums – et, indéniablement, des bienfaits de leur présence sur la scène pop new-yorkaise.
Les Drums ont donc été malins en ne perturbant pas trop les bonnes habitudes des connaisseurs en choisissant « Book of Revelation » comme morceau d’ouverture. Typique de leur mixture new-wave-surf pop sous influence sixties, il se parasite néanmoins rapidement de petites astuces électroniques. Et ouvre avec enthousiaste les hostilités de ce très attendu second album. Un peu plus loin, « What You Were », assorti d’un saxophone nostalgique, déverse sa rancœur à propos de ce qui a été ressenti comme une trahison : le départ de Kessler. Puis surgit « Money », petit bijou d’intelligence rythmique qui ne manque pas de flatter les qualités vocales d’un Jonathan Pierce à fleur de peau, semblant en permanence sur la corde raide.
En se délestant d’un partenaire, The Drums ont également eu la possibilité de s’essayer à l’électronique, refroidissant davantage la texture de ses morceaux, tels « Hard to Love » heureusement réchauffé par le chant de Pierce. Le superbe et envoûtant « Searching for Heaven », sobrement synthétique et diablement mélancolique, est l’une des plus jolies surprises du disque. Quelques minutes plus tard,
« I Need a Doctor » s’impose par son étrangeté et ses clappements de mains.
Enfin, la tristesse à peine voilée de « In the Cold » et les trépignements caverneux de « How it Ended » terminent, chacun à leur manière mais tout en étant indissociables, cette seconde étape plutôt réussie du groupe new-yorkais. Ce qu’on appelle un portamento est une technique vocale et instrumentale déterminant la vitesse à laquelle les notes passent progressivement de l'une à l'autre. Loin d’aller plus vite que la musique, s’essoufflant juste assez pour ne pas perdre la course, Jonathan Pierce et ses deux comparses s’entraînent à une victoire prochaine.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story