Je voudrais en premier lieu remercier le père Desbois pour ce travail.
Connaissant bien une partie de l'Ukraine, ça ne devait pas être simple de passer dans les villages pour retrouver des personnes voulant témoigner. J'en ai fait l'expérience.
Mon épouse est ukrainienne, je me suis marié dans un petit village à côté de Kovel et mes enfants ont été baptisés dans la même église. C'est une région qui me plait, et je voudrais bien me retirer dans ce coin quand j'aurais ma retraite. Mon épouse, qui était psychologue dans une école à Kovel, n'est pas de cet avis. Elle dit qu'il vaut mieux rester en Europe. Ce n'est pas simple de vivre en Ukraine. La politique et la corruption d'abord, ensuite et surtout le passé. J'ai l'impression que le gens n'arrivent pas à sortir de leur passé «stalinien». Ils ont peur.
Donc je comprends très bien le travail du père Desbois et je le respecte profondément. Juste que le livre aurait du porter la mention «Tome 1». Car, on pourrait continuer à écrire.
Je ne suis pas juif, mais par des liens «familiaux» je suis un peu concerné. Mais aussi, nous sommes tous concernés, car nous ne devons jamais oublier. Nous avons le devoir d'éduquer nos enfants afin qu'ils ne l'oublient pas. Mon ex-belle-mère (mère de mon ex-épouse) était juive. C'était une femme bien. Son frère était un survivant d'Auschwitz et elle-même avait réussie à se sauver au sud de la France. Leurs parents venaient de la région de Lemberg (Lviv) en Ukraine. C'était dans les années 1920.
J'ai gardé un bon souvenir de cette femme et de son frère, tous les deux décédés maintenant.
En rangeant chez mon père qui est parti à la maison de retraite, je suis tombé sur des livres relatant la guerre. Donc, je me suis mis à chercher et je suis tombé entre-autres sur le livre du père Desbois.
Parcourant le livre je reconnais des régions, des gens, des situations. C'est vrai qu'il est difficile d'approcher les personnes. Elles se méfient de chacun qu'elles ne connaissent pas. Si on veut leur demander quelque chose, elles se sauvent et il faut vraiment beaucoup de chance pour avoir de l'aide.
Mais, si je parle qu'il faut un «Tome 2», c'est que j'ai vu des choses qui n'ont pas encore été écrites. On sait, et c'est malheureux, que des maraudeurs ont fouillé et fouillent encore pour trouver une chose monnayable. Les gens sont pauvres, et trouver de l'or ou un objet peut servir. Mais souvent ces gens, sans scrupules, laissent des immondices, et surtout détruisent l'histoire, le passé, la paix de ces personnes qui ont perdu la vie d'une façon indescriptible. Cette façon indescriptible, que des personnes comme le père Desbois écrit pour nous remémorer cette époque. Il ne faut jamais l'oublier. Ca c'est passé de notre vivant, et j'ai peur que ce n'est pas fini. A tout moment ça peut revenir, même de notre vivant !
Mais, encore plus grave que l'oubli, est le non-respect.
Dans son livre le père Desbois mentionne des fosses non loin de Kovel. Vu que je connais bien cette région et que j'ai quasiment photographié chaque pierre de la ville, j'étais étonné de ne rien avoir vu à ce sujet. Faisant quelques recherches, je suis tombé sur une connaissance de mon épouse, une couturière qui lui cousait ses tabliers pour l'école, quand elle était jeune fille. Les parents de cette femme avaient caché des juifs et pour eux, elle a reçu une médaille du président ukrainien. Elle nous a conduits aux monuments près des fosses de la région. Monuments souvent délaissés et très difficiles à trouver. Quelques fois nous devions nous frayer un chemin à travers la forêt.
A Loukiv, j'ai vu l'horreur «moderne». J'en ai pleuré. Un monument avec l'indication «... on ne vous oubliera jamais ...» et derrière celui-ci, dans la fosse, la déchèterie de la ville avec tout ce que cela comporte. Dans nos pays européens, il y aurait un parc, quelques fleurs, un banc, un souvenir. En Ukraine, il y a une déchèterie ...
Un non-respect total de ce qui est arrivé à des personnes qui ne convenaient pas au régime d'alors.
Ce livre nous permet de revivre un peu cette horrible période de l'histoire. Beaucoup de gens d'ici et de là-bas ne savent même pas que c'est arrivé et ce qui est arrivé. Mon épouse qui est «du coin» n'en savait rien. Sa grand-mère avait été déportée en Sibérie parce qu'ils avaient donné à manger à des allemands. Sinon, ils auraient probablement fini dans une fosse. En Ukraine, aucun livre d'histoire, aucun cours à l'école, ni à l'université ne mentionne ce qui est arrivé à ces gens. Rien, maintenant encore. Personne n'en parle. Maintenant aussi, on n'aime pas les juifs, ni les personnes «autrement». Et, si j'en parle, on me regarde comme si je venais d'une autre planète. Pourtant, ça c'est passé sur leurs terres dans leur kraïna (pays).
Donc un grand Merci au père Desbois et à son équipe pour ce livre.
Je ne critique rien, mais j'attends le « Tome 2 ». Il viendra sûrement ...