J'ai de nombreux goûts musicaux en commun avec Philippe Robert. Il n'y a qu'à voir le genre de disques qu'il commente pour Amazon : le meilleur de la « black music » (la période électrique de Miles Davis et Herbie Hancock, Funkadelic, Sun Ra, Afrika Bambaataa), le krautrock (Neu!, Tangerine Dream), la pop électronique et/ou psychédélique (Stereolab, Broadcast, Björk), le « post-rock » (Labradford, Set Fire To Flames, Gastr Del Sol), la scène chicagoane (Chicago Underground, Town & Country, Bobby Conn), la musique expérimentale (John Zorn, les Norvégiennes givrées de Spunk), tout ce qui tourne autour de Sonic Youth (il a enregistré deux albums avec les guitaristes Lee Ranaldo et Thurston Moore) et de Jim O'Rourke.... J'apprécie généralement les livres qu'il publie aux éditions « Le Mot et le Reste » car, au-delà d'une simple sélection d'albums, c'est toute une histoire (d'un genre musical, d'une époque) qu'il nous raconte. C'est donc tout naturellement que j'ai fait l'acquisition de son dernier ouvrage, le sixième dans cette collection. A travers 130 disques sortis entre 1978 et 2010 (c'est un fait : les années 80 ont débuté, musicalement parlant, en 1978), il nous parle de quatre courants musicaux nés sur les cendres du punk et partageant avec lui son rejet du « rock à papa » et son souhait d'en finir avec le passé, de faire du neuf : le post-punk (principalement anglais), la « no wave » (à New-York surtout), la musique industrielle et enfin le noise. La new wave et le hardcore, poursuivant d'autres buts et ayant d'autres préoccupations, ne sont pas traités. Vous ne croiserez donc ici pas beaucoup de « groupes à synthés » du type Depeche Mode, si ce n'est Human League. Comme à son habitude, Philippe Robert glisse quelques choix plus personnels au milieu des « incontournables » des genres abordés. Personnellement, je ne connaissais qu'une petite moitié des groupes cités ici. Encore l'occasion de faire des découvertes donc, d'autant plus que, comme à son habitude là encore, l'auteur apporte en complément des renvois vers d'autres groupes (le « également conseillés » après chaque disque commenté) ainsi qu'une discographie supplémentaire en annexe.
Je ne regretterais que deux choses. Premièrement, la présence de « doublons » : plusieurs groupes ou artistes (Talking Heads, Merzbow, ESG, Current 93, Nurse With Wound, This Heat, Glenn Branca, PIL, The Fall, Throbbing Gristle, Sonic Youth, DNA, Red Krayola, Laurie Anderson...) sont déjà évoqués dans ses précédents ouvrages, qu'il s'agisse de
Great Black Music,
Musiques Expérimentales ou (surtout)
Rock, Pop, un itinéraire bis, parfois même via le même album (Père Ubu, A Certain Ratio, The Slits, Basement 5, Young Marble Giants. Bon, dans le cas de ces derniers c'est normal, ils n'en ont sorti qu'un seul), même si la chronique a été réécrite et non retranscrite à l'identique. Il aurait peut-être été plus judicieux de mettre en lumière d'autres groupes, plus méconnus, issus par exemple de la discographie annexe. Et deuxièmement, une assez forte propension, déjà remarquée dans les autres bouquins, à citer dès que c'est possible Sonic Youth (groupe certes très important et aux multiples collaborations et « side project »). C'est bon Philou, on a compris que tu les aimes, tes p'tits copains ! :-)
A écouter aussi : les compilations
New York Noise,
In The Beginning There Was Rhythm,
The World Of Arthur Russell et
Early (A Certain Ratio) de l'excellentissime label Soul Jazz Records.
P.S : Cet ouvrage étant sorti dans le commerce le 24 Février dernier, je m'étonne de voir des commentaires antérieurs à cette date.