Ne sachant trop que choisir comme titre de ce commentaire, je prends le parti de reprendre l'intitulé du premier chapitre du livre, au caractère évocateur.
Dans cet essai, au sujet duquel je reste toujours aussi surpris et dubitatif qu'il ait été récompensé du prix de littérature politique Edgar-Faure, avec un jury composé de plusieurs politiques, dont pas des moindres interventionnistes, Mathieu Laine dénonce l'impuissance du politique et justement les excès et dérives de l'interventionnisme.
Une véritable remise en cause de Keynes, célébré, à l'heure des faillites de l'interventionnisme (Mathieu Laine revient sur les origines de la crise récente, celle des subprimes, montrant comme le faisait par exemple Charles Gave dans son
Libéral mais non coupable que celles-ci sont à chercher du côté des décisions politiques, contrairement à ce que l'on tend habituellement à nous faire croire). Pire, il met en garde à l'avance (ce qui est hélas validé par les faits depuis), contre l'excès d'endettement des Etats et la nette aggravation de celui-ci avec les plans de relance démesurés, qui risquent d'entraîner une crise encore plus grave (nous sommes en plein dedans).
Ainsi, pour reprendre un passage qui résume bien l'esprit de l'ouvrage (pp.210-211), Mathieu Laine nous dit : "La crise de l'Etat providence a déchiré le voile d'ignorance subtilement posé, pendant des décennies, sur la toute-puissance du pouvoir et sur sa supposée capacité à améliorer concrètement nos vies. Elle s'accompagne, naturellement, de peurs et de mauvaises rumeurs sur l'avenir, mais ouvre, simultanément, des horizons d'inventivité insoupçonnés en matière d'organisation humaine. La nouvelle génération a, devant elle, un chantier passionnant : réinventer l'interventionnisme, optimiser réellement l'équilibre entre le public et le privé, définir une société dans laquelle l'action de chaque participant pourra permettre de faire réellement progresser la destinée de chacun. Le politique, qui était au coeur de toutes les formes de pouvoir et vers lequel on ne cesse de se retourner, voit aujourd'hui son pouvoir terriblement concurrencé et ses moyens d'action de plus en plus limités".
Et, de même que Myriam Revault d'Allonnes dans son
Pourquoi nous n'aimons pas la démocratie, Mathieu Laine va dans le sens de Friedrich Von Hayek, lorsque celui-ci oppose les constructivistes aux libéraux, "les premiers croyant possible de construire une société idéale, sur la base de plans échafaudés en amont par leurs cerveaux visionnaires, et les seconds estimant qu'une société se construit d'elle-même, de manière imprévisible, par l'effet d'une multitude d'actions, de réactions, d'erreurs, de corrections (l'explosion d'une bulle en étant une), de processus de coordination interindividuels, de création et de circulation perpétuelle d'informations, l'ensemble de ces mécanismes risquant bien plus à subir une interférence extérieure qu'à se développer librement".
Mathieu Laine dénonce ainsi, tour à tour, la "tyrannie du pragmatisme" et les sources de "l'hypercrise", avant de revenir sur les "mythes fondateurs" qui nous ont mené vers ces conceptions de la politique, pour proposer de "réinventer l'interventionnisme".
Cependant, je n'adhère pas trop au titre de l'ouvrage, qui ne me semble pas vraiment caractériser correctement celui-ci. Ce qui est proposé par l'auteur, en fin de compte, est une adhésion aux sources mêmes du libéralisme ; d'où ma surprise au sujet de la récompense obtenue, que j'évoque en préambule (à croire que les membres du jury n'ont pas vraiment lu l'ouvrage ?).
Et, pour ma part, je préfère un ouvrage plus structuré et approfondi, d'où mes 4 étoiles, même si je sais bien que l'objectif de ce livre est bien sûr de s'adresser au grand public et de rendre accessible des raisonnements et théories que je connais déjà assez bien au départ, dans le but d'établir une démonstration et établir le bienfondé de sa thèse, pour faire évoluer les mentalités. Ce en quoi l'auteur n'a pas tort, tant les développements portent sur des choses très mal connues en France.