Ce livre accomplit deux réussites majeures. D'abord, il propose une introduction remarquablement claire, méthodique et agréable aux discussions les plus sérieuses qui se sont tenues récemment autour de l'approche utilitariste. Cette approche, injustement discréditée dans le domaine français, souterrainement omniprésente quoique largement incomprise, s'avère en réalité, pour peu qu'on la prenne au sérieux, très éclairante et raffraîchissante pour aborder les problèmes sociaux. Le livre de Xavier Bébin constitue à ce titre le meilleur moyen de mesurer la puissance et l'actualité de l'utilitarisme.
Il "applique" par ailleurs cette méthode à la question de la pénalité. Dans une société où le discours répressif subit une inflation irrationnelle, il permet de poser des bases beaucoup plus solides pour resituer les formes de pénalité dans ce qui pourrait être leur moins injuste place. Sans cautionner la vague répressive qui déferle sur les sociétés occidentales depuis une vingtaine d'années, mais sans tomber non plus dans les facilités d'un idéalisme abstrait (tout le monde il est innocent, donc on n'a pas besoin de penser la prison), il propose un cadre qui réconcilie des explications causales qui disculpent moralement le "criminel" avec des principes permettant de réduire au maximum ces doubles nocivités que constituent le crime et sa punition.
Le tout dans un style éminemment accessible, dans une démonstration implacable mais toujours plaisante, sur des sujets absolument essentiels, qui sont au coeur de l'actualité.
Un très beau livre.