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Pourquoi nous n'aimons pas la démocratie [Broché]

Myriam Revault D'allonnes
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Descriptions du produit

Présentation de l'éditeur

On se souvient de la formule de Churchill : " La démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres". A l'évidence, nous n " aimons " pas la démocratie. Et pourtant nous sommes tous démocrates... Étrange procès en désamour que celui-là, dont la virulence égale l'ancienneté : toute petite déjà, à Athènes, la démocratie ne manquait pas de détracteurs... Myriam Revault d'Allonnes s'interroge, non pas sur les critiques ou les sarcasmes dont la démocratie est l'objet, mais sur la nature de l'expérience démocratique, travaillée par l'incertitude, le conflit, l'inachèvement, inextricablement liée à ce qui s'oppose à elle et la menace. Comment l'homme démocratique, confronté à cette existence toujours problématique, ne serait-il pas en proie à l'insatisfaction et à la déception permanentes ? Cependant, si nous n' "aimons" pas la démocratie, pouvons-nous ne pas la vouloir ? Car c'est bien l'expérience démocratique qui fait de nous des sujets éthiques et politiques, des citoyens qui ne veulent pas être ainsi gouvernés : " pas comme ça, pas pour ça, pas par eux ".

Biographie de l'auteur

Myriam Revault d'Allones est philosophe, professeur des universités à l'École pratique des hautes études. On lui doit de nombreux essais de philosophie éthique et politique dont Ce que l'homme fait à l'homme (Seuil, 1995, Le Pouvoir des commencements (Seuil, 2006) et L'Homme compassionnel (Seuil, 2008).

Détails sur le produit

  • Broché: 145 pages
  • Editeur : Seuil (11 février 2010)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 202098668X
  • ISBN-13: 978-2020986687
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8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
Par Johan Rivalland TOP 50 COMMENTATEURS
Format:Broché|Achat authentifié par Amazon
Après l'admirable L'homme compassionnel, que j'avais bien apprécié, Myriam Revault d'Allonnes s'intéresse, à travers cet essai, à la démocratie, qu'elle analyse comme un système qui "dissout les repères de la certitude", s'appuyant en cela sur les travaux de Claude Lefort.
Michel Foucault est l'autre auteur essentiel de référence sur lequel Myriam Revault d'Allonnes s'appuie plus particulièrement, ainsi que sur Wendy Brown, pour montrer que "l'homme démocratique - privé de garanties et de critères ultimes - est ainsi renvoyé à la multiplicité des croyances, des opinions, des jugements. D'où la double tentation d'un relativisme généralisé (et donc d'une désaffection) ou de la recherche éperdue d'une société délivrée des affres de la division, comme le proposait en son temps la fantasmatique totalitaire".

La thèse essentielle de l'auteur consiste donc, ici, à accuser le "néo-libéralisme" (dont il n'est pas évident de comprendre clairement à quoi il fait référence) d'"effacer à la fois les tensions internes propres à la démocratie libérale et les déchirements du sujet politique", mais conduisant en revanche à un processus de "dé-démocratisation" à l'intérieur même de la démocratie. "L'entreprise serait aussi bien le modèle du fonctionnement social dans son ensemble que le nouveau modèle de subjectivation proposé à l'individu : rationnel, entrepreneur de soi-même, performant, soustrait par le calcul et la prévision aux errements de la contingence".
En ce sens, le néo-libéralisme se définirait donc comme une sorte d'extension de la rationalité économique aux autres sphères de l'existence.

En définitive, ce n'est pas le libéralisme que l'auteur remet en cause (elle semble en accepter tant la dimension politique qu'économique, qu'elle juge imbriquées). Au contraire, elle affirme que le libéralisme "suscite, produit, organise, gère" la liberté et s'attache à la défense des "libertés fondamentales : liberté du marché, libre exercice du droit de propriété, liberté d'opinion, de pensée, d'expression, de réunion, ...".
Ce qu'elle remet en question est le néo-libéralisme. Comment le définit-elle alors ? Elle le fait de la manière suivante, qui distingue fondamentalement libéralisme et néo-libéralisme qui, de fait, n'a plus rien à voir avec le libéralisme (d'où la confusion, très gênante à mon sens, dans les termes utilisés) :

"Le néo-libéralisme - contrairement à une idée souvent répandue - n'est pas une accentuation (sur le mode "hyper" ou "ultra") du libéralisme classique. Il ne se propose pas d'accoître encore plus la liberté du marché au détriment de la puissance publique et de ses interventions. Il ne se réduit pas à une politique économique (abandon de l'Etat-providence, économie de marché soustraite à toute contrainte, dérégulation, accentuation du "laisser-faire", maximisation de la concurrence, etc.). Il désigne une nouvelle rationalité politique, un art de gouverner qui "enveloppe l'Etat mais ne s'y limite pas et qui [...] produit des sujets, des modes de citoyenneté et des comportements, ainsi qu'une nouvelle organisation sociale".
En ce sens, contrairement au libéralisme, qui "reposait sur le caractère naturel du marché, sur la propension naturelle au troc et à l'échange", "le néo-libéralisme est un constructivisme et un artificialisme". rien de plus opposé, on le voit au libéralisme, finalement.

Au sujet de la politique de Nicolas Sarkozy, par exemple, Myriam Revault d'Allonnes éclaircit ainsi les choses en disant : "On s'est souvent demandé si elle était libérale ou étatiste : le problème est mal posé car il ne s'agit ni de l'un ni de l'autre mais d'une combinaison inédite. C'est une construction artificialiste, constructiviste, qui met en oeuvre au nom de la liberté une concurrence généralisée entre les individus, étendant à tous les rapports sociaux les critères de l'ordre du marché. La concurrence devient alors la seule norme de comportement qui vaille. Elle se substitue à l'échange qui est la norme de la société libérale et dont il faut souligner qu'il n'est pas réductible à l'échange économique. On n'échange pas seulement des biens : on échange des mots, des paroles, des arguments, des opinions, des connaissances et des savoirs, des biens culturels et symboliques. L'échange met les sujets en relation, alors que la concurrence les met en position d'individus séparés et atomisés". Bonne définition du libéralisme.

C'est donc l'idée de "modernisation" et de tout ce qui s'ensuit qui est en cause.
En effet, comment ne renierais-je pas moi-même le calcul économique ou la généralisation de l'évaluation à ce à quoi ce n'est pas adapté ? Ainsi, par exemple, du nombre d'articles publiés par les chercheurs à l'Université ou le nombre de fois où ils sont cités par d'autres, cité par l'auteur, qui ne dit rien sur la qualité des travaux en question ou de la valeur intellectuelle de leur auteur.

Un ouvrage, en définitive, intéressant, mais auquel je reproche à la fois le manque de clarté (le terme "néo-libéralisme", défini seulement à la page 123 (citation ci-dessus), risque évidemment d'être assimilé à "libéralisme" ou ses préfixes destinés à le dénigrer, tels les "hyper" ou autre "ultra"), mais aussi le manque d'illustrations concrètes et de fondements plus précis (ainsi de la contestation par l'auteur (p. 128) de l'argument sur la "défense des droits acquis ou des privilèges", qui me semblent bel et bien être une réalité, les corporatismes m'apparaissant comme très puissants en France, en particulier dans la fonction publique qui, malgré les maladresses dans la méthode, ne peut conduire à exclure toute tentative de réforme du système.
Mais un bon essai, propice à la discussion et à des prolongements de celle-ci à travers d'autres travaux, on peut l'espérer.
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8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
Par Latour07 1ER COMMENTATEUR DU HALL D'HONNEUR TOP 500 COMMENTATEURS TESTEURS
Format:Broché
Myriam Revault d'Allonnes est philosophe, professeur des universités à l'Ecole pratique des hautes études.

Quelle est la nature de l'expérience démocratique ? Qu'exprime-t-elle ?
Aller au coeur de cette expérience, la comprendre, l'exposer c'est en révéler la complexité et la nécessité politique.

En effet, "la montée en puissance d'une pseudo-démocratie non plus libérale mais néo-libérale. C'est là une rupture et non l'accentuation ou l'exacerbation d'un processus.(...) La démocratie libérale, en dépit de la tension interne qui l'habite - entre l'énoncé de la souveraineté du peuple et les limites des individus - maintient un rapport mouvant, instable, entre le pouvoir et la liberté.

Elle ne vise pas non plus à homogénéiser les sujets politiques et à les transformer en hommes unidimensionnels : la conflictualité sociale va de pair avec l'existence d'un homme divisé, pluriel, en proie à de multiples tensions intérieures" (p.11).

Cette analyse rejoint la critique du déterminisme scientiste, totalitaire, du néo-libéralisme (appelé ultra-libéralisme) de Alain Supiot dans le remarquable "L'esprit de Philadelphie : La justice sociale face au marché total".

Ainsi, "la rationalité politique néo-libérale met en danger la logique citoyenne propre à la démocratie. (...) Les diverses sphères d'existence du "sujet" - ses appartenances multiples - se voient réduites à un modèle et à une logique uniforme : celle d'un système où le gouvernement et la politique "managériale" s'accorderaient au comportement totalement (auto)régulé d'un sujet "entrepreneurial", selon le vocabulaire en usage à l'heure actuelle." (p.12)

La complexité -à repenser - de la démocratie vient qu'elle "n'est pas seulement un mode de gouvernement, elle est aussi une forme de société, une manière de vivre (ou de ne pas vivre) ensemble, elle implique un style d'existence, des moeurs, des assises mentales et affectives." (p.16)

L'auteur met bien en lumière que le néo-libéralisme détruit les fondements mêmes du libéralisme. C'est une nouveauté dans la pensée politique, très pertinente.

Alors que le libéralisme "laisse ouverte la possibilité d'une discordance entre le sujet d'intérêt et le sujet moral"(p.123), le néo-libéralisme affiche une "construction artificialiste, constructiviste, qui met au nom de la "liberté" une concurrence généralisée entre les individus, étendant à tous les rapports sociaux les critères de l'ordre du marché." L'impasse totalisante est donc manifeste :

"Il serait impensable, dans une vision néo-libérale "achevée", de sortir de la norme omniprésente de la concurrence puisque celle-ci règlerait aussi le fonctionnement étatique et les principes du politique." (p. 126)

Or, comme l'auteur le démontre dans les pages centrales de son ouvrage, il est impossible de ne pas "penser la dispersion, la multiplicité enchevêtrée des relations de pouvoir sans envisager leur structuration globale et leur cohérence dans la forme de l'Etat occidental moderne." Réduire cette complexité au profit d'une gouvernementalité de Parti, c'est le propre des Etats totalitaires (nazi, fasciste ou stalinien) (p.58).

En conclusion, il ne s'agit pas tant de défendre les libertés individuelles, le principe de l'équilibre des pouvoirs, de tous ces droits. "L'exigence démocratique - qui se fonde aussi sur une anthropologie de l'indétermination et de la pluralité, c'est-à-dire du conflit-" ne se résume pas à l'exercice d'une forme procédurale. L'ouverture en dernière phrase est posée :

"Demandons-nous plutôt quelle est - dans l'expérience démocratique - la part de cet irréductible qui fait de nous des sujets éthiques et politiques, des sujets qui ne veulent pas être ainsi gouvernés."
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3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
un livre à conseiller 31 mars 2010
Format:Broché
Les élections régionales ont montré une grande désaffection du corps électorale français pour le fait électorale et les responsables politiques. D'une élection à l'autre l'abstention électorale semble gagner du terrain.
Le livre de Myriam Revault d'Allonnes contribue à analyser la démocratie et les différentes approches que nous pouvons en faire.
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