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Selon Thom, le rôle essentiel de la mathématique est d'apporter la possibilité de voire les choses sous un angle que la pensée conceptuelle ne permet pas. Le mathématicien peut ainsi porter des situations concrètes en entités mathématiques abstraites. La prédiction devient alors possible et est, par essence, d'ordre quantitatif. Mais on côtoie ici un risque majeur : «l'homme de la mathématique» «voit» dans l'abstraction mais prend ainsi une distance avec la réalité tangible qu'il peut finir par méconnaître, voire oublier.
La théorie des catastrophes quant à elle, offre les moyens de comprendre des situations complexes qui ne peuvent être appréhendées par les méthodes dites réductionnistes. Elle n'est pas prédictive, en tout cas pas pour tous types catastrophistes, mais elle est explicative, et donc de nature qualitative. Elle sollicite et attise la capacité d'observation directe, de pensée, de raisonnement. Ce qui est, somme toute, aussi respectable que d'explorer un champ quelconque avec des outils adéquat et des formules pré-intégrées.
René Thom a cherché une description mathématisable des phénomènes brusques. Ceux-ci ont lieu à partir d'un point de tension entre deux variables, l'une lente, l'autre rapide. À un moment, appelé point Phi, il y a conflit entre les deux attracteurs et le système est contraint de basculer brusquement, en se «décidant» pour l'un ou pour l'autre des attracteurs. La catastrophe met l'accent sur les discontinuités phénoménologiques, mais propose de les ramener à la manifestation d'une évolution sous-jacente lente, qui, elle, est continue.
Thom dit de lui-même : «Je suis un topologue universel. J'ai une véritable métaphysique du continu.» Et encore : «Si l'on donne trop de changements de repères, on finit par tuer le mouvement.» Il y a sans doute là une double piste de réflexion quant à l'entreprise : nous devons à la fois tenter d'y anticiper les phénomènes catastrophistes et ne pas perdre de vue la réalité sous-jacente de la continuité.
Estimons par exemple que le savoir faire actuel d'une entreprise soit un attracteur lent, et le marché un attracteur rapide. Le basculement à un instant T en faveur de l'un ou de l'autre va déterminer la pérennité ou la disparition à terme de cette entreprise. Mais si le changement se fait en faveur du marché (ce qui est souhaitable !), il demeurera cependant essentiel de ne pas méconnaître la mission de l'entreprise qui, elle, représente la part du continu et du «profond».
La structure même de «Prédire n'est pas expliquer» (échanges autour de trois thèmes «Comment devient-on mathématicien ?», «Positions philosophiques», «Sur la science») montre et démontre spontanément l'inévitable imbrication de tous les domaines.`
«Aporie» est un mot qui revient dans chacune de ces trois parties. On peut avancer que, paradoxalement, ce terme est celui qui crée un lien entre les trois thèmes. Ne peut-on imaginer qu'effectivement, ce qui fait souvent lien, c'est la somme des contradictions insurmontables sur lesquelles buttent souvent nos raisonnements ? Que nous soyons, au sein de nos entreprises, dans la «prédiction» ou l'explication, notre capacité à faire le lien entre ce qu'il convient de discréditer pour mieux maîtriser et ce qui est continu est certainement précieuse mais ne nous protège jamais complètement d'une variable redoutable : l'imprévisible inconnu. -- Brigitte de Saint-Martin -- --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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UN TEMPS POUR LA PENSEE,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Prédire n'est pas expliquer (Broché)
René Thom, mathématicien de très grand talent, livre une vision du monde fondée sur l'opposition "Continu/Discontinu". Les arguments peuvent laisser parfois sceptique. La "musique" qui émane de cette pensée devient progressivement très intéressante. Citant Rutherford "qualitative is poor quantitative" (La qualification est une médiocre quantification), son plaidoyer pour le Qualitatif/Continu reste profond malgré les limites qu'il perçoit dans son raisonnement.N'étant ni mathématicien, ni physicien de formation, j'aurai tendance à penser que le tournant pris par la Médecine est le bon. Nous sommes enfin entrés dans l'ère des preuves et de la quantification ce qui est absolument nécessaire si l'on veut passer du stade de l'Art (et ses excès fondé sur le culte agressif du Moi)à celui de Science Exacte (au moins en terme de probabilité ce qui donne une vision plutôt statistique de l'exactitude). Il faut donc quantifier avec ce que cela peut avoir de grossier par rapport aux particules ou aux points. Mais la Médecine soignant des vivants, non des particules ou des points, cette quantification peut se contenter d'être brut de fonderie. Cependant, même en Médecine, une fois la question quantitative résolue, reviendra forcément la question du qualitatif. La preuve par la connaissance biologique des tumeurs. L'oncologie moléculaire progresse à très grands pas. Le ciblage (identification d'une anomale/cible, construction d'un bloqueur de cible, efficacité thérapeutique) a produit des progrès fulgurants (voir l'imatinib et la Leucémie Myéloïde Chronique). Cependant ce système ne marche pas à tous les coups. La solution réside peut-être dans une modélisation mathématique et physique des mutations génétiques fondée sur le qualitatif....ne serait-ce que pour avoir une fraîcheur de vues qui finit par manquer... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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1.0 étoiles sur 5
A réserver à ceux qui connaissent déjà la théorie,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Prédire n'est pas expliquer (Broché)
Le livre se compose de deux parties. La première concerne la position philosophique de la théorie. La seconde est un lexique rappelant un mauvais syllabus de l'époque où le traitement de texte n'existait pas. Ne cherchez pas un exposé de la théorie. Jugez-en par cette citation de l'auteur: "La vulgarisation n'a peut-être d'intérêt que pour les éditeurs, mais assez peu pour la marche de la pensée". Ou encore: "J'ai toujours refusé l'engagement, en un sens, aussi bien sur le plan religieux que sur le plan politique". Il n'y a en effet aucun engagement pédagogique.C'est un comble pour un auteur qui se targue de rendre la science plus intelligible! A réserver aux spécialistes avertis. Le mathématicien est dans sa sphère. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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