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3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Les Préludes, de chair et de sang,
Par Mélomaniac (France) - Voir tous mes commentaires (#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR) (COMMENTATEUR N° 1)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Préludes, Livres I & Ii (CD)
Déjà reparus dans les collection "Références" et "Great recordings of the Century", ces deux livres de "Préludes" font partie des remarquables gravures debussystes que Walter Gieseking enregistra pour EMI dans les années 1950. On ne saurait trop recommander l'ensemble de ces témoignages, réédité dans ce coffret : Debussy: L'intégrale pour pianoDans ces pages, Walter Gieseking réunit trois qualités qui rendent son style irremplaçable : densité, expressivité et sensualité. La sonorité de l'instrument est en-soi magnifique : galbée, puissante, racée. Grâce à une monophonie qui focalise parfaitement le volume, les timbres restent homogènes, avec des aigus parfaitement intégrés au spectre, ce qu'on appréciera dans "les collines d'Anacapri" ou les "feux d'artifice". Le registre grave est tellurique : écoutez ce halo vibratoire qui nimbe les "brouillards", la profondeur océanique de la "cathédrale engloutie", et cette tornade que souffle "le vent d'ouest" (on a rarement entendu clavier aussi grondeur...) Ce qui rend cette narration si vivante, c'est sa sensibilité au texte immédiatement suivie d'effet. Sans se soumettre à un respect littéral de la partition, les mains se laissent plutôt guider par un sens narratif qui exploite le potentiel expressif de chaque scène. A l'opposé des pianistes qui intellectualisent leur jeu et transforment ces pièces en épures cérébrales, c'est la sensation que recueille et transmet l'interprète qui lui permet d'incarner ses visions dans toute leur chair. Car il faut avouer que l'émotion et l'affects, que l'on croyait fossoyées par l'impressionnisme, osent aussi poindre dans "les pas sur la neige", "le vent dans la plaine", ou "Canope". Ce n'est peut-être pas ce qu'on serait en droit d'attendre en écoutant ces pages qui annoncent l'esthétique moderne, mais cette approche encore tournée vers le 19° siècle est une douce violence qu'on aimerait retrouver chez nos artistes actuels. Si ce disque est demeuré une référence depuis plus d'un demi siècle, ce n'est pas seulement parce qu'il flatte l'oreille : c'est aussi parce qu'il fouette le sang et réchauffe le coeur. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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