Voici donc un ouvrage que la quatrième de couverture nous présente comme le testament spirituel de C.G. Young. La première chose qui vient à l'esprit à la lecture de la prose du psychologue, c'est que le raisonnement est vraiment tortueux ! Le livre ne se lit vraiment pas comme un roman tant il est parfois difficile de saisir la pensée de l'auteur.
La thèse défendue consiste donc à dire que l'individu se laisse étouffer par la masse, qu'elle soit Etat ou confession religieuse. Voici donc l'honnête citoyen dépossédé de son unicité pour n'être réduit qu'à un chiffre statistique. Il n'y aurait guère que l'exploration des sources intérieures qui permettrait de se « sauver » (sic). Il me semble pourtant que la séparation entre individu et société se fait un peu trop rapidement, comme si elle était naturelle et tombait sous le sens. Qu'est-ce qui permet de distinguer, chez l'homme, la part sociale des données purement individuelles ? Ne peut-on imaginer que ces sources intérieures dont parle Jung soient justement influencées par la société ?
D'un point de vue purement épistémologique, Jung pose, à juste titre, la question de la valeur à accorder à la science. En quoi la grandeur statistique atteste de la réalité individuelle ? Je serais tenté de renverser la question, en quoi la statistique ne pourrait rendre compte des cas individuels ? Durkheim montre par exemple, et malgré les critiques que l'on peut objecter à ses travaux, que le suicide, acte intime s'il en est, obéit à lois de régularités statistiques. De fait, la question que je poserais volontiers à Young serait la suivante : « jusqu'où la société influence t-elle l'individu ? ».