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Optimisme culturel, 10 septembre 2007
Ce livre, publié en 1998, est à la fois accessible, clair, convaincant, honnête, important, instructif, intelligent, lucide, modéré, optimiste, passionnant et remarquable ! Pourquoi n'a-t-il pas été traduit en français ?
Écrit par un économiste américain, la thèse du livre est la suivante : les processus de marché (ceux caractérisant notamment l'économie de marché capitaliste) et l'innovation technologique ont fourni les conditions nécessaires à et suffisantes pour la production et la distribution d'un nombre très grand et très varié de créations artistiques au cours des derniers siècles. Et j'ajouterais qu'il n'y a aucune raison pour cette thèse ne tienne plus en ce début de XXIe siècle.
En d'autres termes, contrairement au pessimisme culturel qui voit le capitalisme comme ayant une influence négative plus ou moins forte sur la "culture", ce dernier a en fait accru l'ampleur et la diversité de la production culturelle. La richesse matérielle accroît la demande de biens et services culturels et permet à des marchés de niche de produits culturels de se développer. De plus, la liberté d'entrer dans les industries dites culturelles a été restreinte pour certains groupes, notamment les femmes et les minorités, lorsque les preneurs de décision (l'"Académie" ou les Arts Councils par exemple) contrôlaient la production artistique. Le marché commercial permet, lui, une plus grande liberté d'entrée et est ainsi plus favorable à l'exploration et à l'innovation artistiques sans entraves. La croissance artistique et la croissance économique vont main dans la main !
Autrement dit encore, l'économie de marché capitaliste est un cadre vital sous-apprécié pour soutenir une pluralité de visions artistiques co-existantes, en fournissant un flux régulier de créations nouvelles et satisfaisantes, soutenant à la fois une "culture" haute (high culture) et une "culture" basse (low culture), aidant les consommateurs et les artistes à raffiner leurs goûts, et rendant hommage au passé en le capturant, le reproduisant et le disséminant.
Cowen développe sa thèse en se concentrant quasi exclusivement sur les créations artistiques occidentales des trois domaines suivants : la littérature, la peinture et la musique. Il le fait en ayant recours aux outils d'analyse de l'économiste, mais sans être technique, et en adoptant, en particulier dans les chapitres centraux, une approche évidemment historique.
Sa thèse, que Cowen qualifie d'optimisme culturel, vient s'opposer avec élégance, force et nuance à celle des pessimistes culturels de tout poil (professionnels, artistes, critiques, élites, parents, personnes âgées, religieux, politiques, multiculturalistes...). En gros, les pessimistes culturels dénoncent une culture haute submergée par la culture de masse et défendent la supériorité des créations artistiques du passé. Pour eux, la télévision et la radio, la distribution des livres et des enregistrements sonores par des méga-stores, les spectacles musicaux dans des stades, les expositions muséales à grand succès, la matraquage de beaucoup d'art visuel contemporain créent et font appel aux goûts des masses et sapent l'économie des oeuvres faisant appel aux goûts des spécialistes et de la minorité. Entre-temps, le grand art du passé, bien meilleur que ce qui actuellement créé, est perdu ou du moins éclipsé.
La réponse de Cowen aux pessimistes culturels tient en plusieurs points. Premièrement, les améliorations techniques qui ont donné naissance à la culture de masse dans de nombreux cas ont aussi réduit les coûts de production et de distribution d'oeuvres innovantes faisant appel à des publics moindres. Deuxièmement, la plupart des artistes essaient délibérément de différentier leurs produits et il est probable qu'ils trouvent des niches pour leurs innovations seulement dans des économies concurrentielles développées, ces niches pouvant apporter célébrité et argent. Troisièmement, il existe des faits empiriques selon lesquels un travail artistique de plus en plus varié, et non de moins en moins, est vendu aujourd'hui par l'intermédiaire des systèmes de "blockbusters". Quatrièmement, peu du grand art du passé est en réalité perdu, sa "consommation" peut n'être pas moins inférieure à celle du passé, bien que relativement moins populaire que dans le passé. Cinquièmement, l'art du passé apparaît supérieur à ce qui est produit de nos jours seulement parce que le meilleur de la production passée a survécu, et il est probable que le meilleur du travail passé est en effet meilleur que la moyenne de ce qui est produit aujourd'hui, sachant que beaucoup de ce dernier ne survivra pas.
Le dernier chapitre cherche à répondre à la question de savoir pourquoi il y a tant de pessimistes culturels. La réponse de l'économiste est bien sûr qu'il existe des bénéfices économiques, émotionnels et intellectuels à se faire connaître comme pessimistes culturels. Et cela s'applique aussi bien à ceux qui défendent le soutien public aux arts et à la culture.
Merci Professeur Cowen !
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