Que les lecteurs Amazon me pardonnent ! En ce qui concerne Preacher, je suis incapable d'impartialité . Alamo tient incroyablement la route 10 ans après sa première publication.
Amateur du trade paperback , le dernier arc de la série est le seul que je continue de lire sur les volumes souple achetés à l'époque . Nostalgie ? Pas seulement ! Il a été dit que pour apprécier véritablement Watchmen, il fallait ne lire pas plus d'un chapitre par mois ; je me rappelle du mélange d'excitation et de souffrances que constituait le mois d'attente pour suivre la fin des aventures de la bande à Custer.
Je ne gâcherais pas le plaisir de ceux qui ne savent pas comment se finit la quête du Réverend rebelle, mais la clôture du numéro 65 fut un véritable traumatisme dont je me rappelle 11 ans après !
Dernier sermon donc, en 5 épisodes plus un épilogue, où Ennis termine de manière admirable sa saga. Chaque Chapitre clôt le destin d'un personnage et répond aux questions laissées sans réponses : Quel forme prendra l'inévitable confrontation entre Dieu et Custer ? Quel rôle y joueront, Saint of Killers, Starr et Cassidy ? Pourquoi Dieu a quitté son Paradis ? Qu'est ce qui l'empêchait de terrasser depuis le début Custer et Genesis ?
Ce qui m'a surpris en relisant Alamo , c'est la concision des réponses : simples , directes , efficaces , exactement le contraire du style qu'Ennis développera pour la série The Boys 1: The Name of the Game.
La forme est également surprenante et étonnamment sentimentale ! : beaucoup de ses révélations se font via des lettres d'adieu que les personnages s'adressent entre eux .
Enfin, contrairement à Y The Last Man vol. 10 : Whys and Wherefores, Ennis s'intéresse à l'âme de ses personnages jusqu'au bout ; les retrouvailles mouvementées entre Jesse et Cassidy occupent pas moins plus de 60 pages soient l'intégralité des deux derniers épisodes.
Le destin de Cassidy est remarquablement bien amené et c'est à se demander s'il n'est pas véritablement le héros de la série. Ennis, alors qu'il aurait tout loisir de conclure Preacher dans le sang, continue de s'intéresser aux personnages très secondaires comme Hoover et Feathertone , Lorie et Arseface pour qui il a des plans aussi arrêtés que pour le trio de tête .
Qu'est ce qui fait que cette série, inadaptable à l'écran, avec son pitch totalement absurde (un prêtre qui n'en a vraiment pas l'air envisage de tuer Dieu avec l'aide d'un vampire...) reste si jouissive ? L'humour trash omniprésent (je vous laisse imaginer ce que devient un Starr sans testicules.... ) ? Des personnages bourrins révélant une rare profondeur par moment ? Une réflexion sur nos sociétés et nos religions ? Le volet Western omniprésent ?
Ne pourrai t'on pas voir Preacher comme une variation ultraviolente de ce que Gaiman étudiait dans The Sandman: Preludes & Nocturnes: quelle degré de responsabilité attache les Dieux à leur création ?.
Steve Dillon se déchaîne une dernière fois dans cet art tragi-comique le caractérisant. Des larmes que verse enfin Jesse Custer aux blessures que Tulip inflige par balles aux membres du Graal, tout est exagéré. Si les décors sont des plus sommaires, Steve Dillon multiplie, comme chez Charlie Adlard ( The Walking Dead Compendium 1, des angles très pertinents mettant en valeur les conversations des personnages . Il n'a pas son pareil pour dessiner, ici une mine méprisante, une lèvre boudeuse, la tristesse de Jesse face à son destin, le ridicule de Starr ou la candeur authentique d'Arseface .
Un dernier mot sur les couvertures de Glen Fabry, qui livre pour les six derniers épisodes des portraits soignés des principaux acteurs d'Alamo.
Alamo est un must d'une série qui, avec Sandman, a participé à la réputation de Vertigo . Ceux qui ont aimé le personnage Saint Of Killers pourront se jeter les yeux fermés sur l'autre grande oeuvre d'Ennis toujours dessiné par Dillon : Punisher by Garth Ennis Omnibus où il accomplira pour le justicier à tête de mort le miracle que Miller effectua avec Daredevil.