N'y aura-t-il pas toujours un Prélude de Rachmaninov pour diviser les mélomanes : ceux qui trouvent l'opus 23 n° 5 exaltant et ceux qui le trouvent « racoleur », ceux qui trouvent l'opus 32 n° 10 poignant et ceux qui y sentent l'eau de rose. Ceux qui disent que l'on a déjà entendu cent fois l'opus 3 n° 2 et ceux qui crient : encore !
Si vous aimez ces 24 pièces où l'héroïsme et la mélancolie de l'âme russe parlent un langage hérité de Chopin, vous connaissez sans doute déjà les interprétations de Alexis Weissenberg qui dominent la discographie depuis bientôt quarante ans.
Sinon, n'hésitez pas à les découvrir sous les doigts du pianiste bulgare : le panache de son clavier, l'infatigable vélocité qu'il impose aux impétueux arpèges ou aux torrents de doubles-croches, l'émotion contenue qu'il instille dans les Andante, maîtrisent toute la virtuosité et la palette d'affects réclamés par ces pages.
Tout au plus pourrait-on regretter un certain aspect métallique de cette prise de son un peu froide, et un léger manque de puissance dans la restitution des graves, mais l'instrument est bien focalisé.
Si vous voulez découvrir d'autres approches des Préludes, voyez aussi l'émouvante lecture de Moura Lympany (Decca, la seconde de ses trois intégrales) et le style rhapsodique de Agustin Anievas (EMI).
Et si vous voulez compléter la découverte du piano rachmaninovien, voyez les deux Sonates, les "Moments Musicaux" ou les "Etudes-Tableaux". Les témoignages de S. richter, J. Ogdon ou V. Horowitz y sont incontournables.