Cette histoire de la 1GM par John Keegan semble séduisante, mais se révèle une amère déception. Le texte est récent et on le choisit en anticipant, en plus d'un récit équilibré, un texte de synthèse de l'historiographie et des événements. Il ne s'agit en fait que d'une narration linéaire des batailles, narration complète mais avec un biais occidental, parfois même spécifiquement anglais, qui la rend déséquilibrée.
A l'exception du (bon) chapitre initial, dans lequel l'état des relations internationales en 1914 et la suite des événements menant à la guerre sont détaillés, Keegan se limite aux opérations militaires. Les aspects économiques et politiques sont totalement ignorés.
On apprend au détour d'une phrase que Moltke est révoqué, que la France connaît une crise ministérielle. Le récit de la campagne de France en 1914 est exemplaire: c'est comme si alliés et allemands faisaient une partie de wargame, bougeant froidement leurs troupes et réglant leurs combats à coup de d6. Se poser la question de l'impact non-militaire de l'avancée allemande ne vient pas à l'esprit de l'auteur.
On lit donc que tel camp subit une défaite de 1 million d'hommes et de 500km, sans que soit évoqué les conséquences que cela a pu avoir sur les état-majors, la direction politique, et même sur la force militaire. Les troupes apparaissent sur la carte, les pertes s'empilent sans lien avec le reste. Les arsenaux, abstraits, fournissent des armes en quantité quasi illimitée. Les chefs politiques, l'organisation du commandement, ne sont pas des sujets. Tout ceci est désincarné.
Les aspects militaires, puisqu'ils font quasiment toute la substance du livre, que valent-ils? Mon impression est mitigée. La campagne de France de 14 est très détaillée, mais pourquoi pas. On regrette bien sur - amateurisme insupportable - l'absence de cartes permettant de comprendre le récit.
Par contre, les récits des autres fronts font "par dessus la jambe". Soyons juste : Keegan n'ignore aucun des fronts, même les plus anecdotiques. Mais il va traiter, par exemple, toute la campagne de Serbie de 1915 en moins d'une page, alors qu'il tartine 20 pages sur la tête de pont de 5km de l'ANZAC a Gallipoli - allant jusqu'à nous raconter qui a eu un Victoria Cross quand. Tannenberg et toute la campagne en Autriche/Pologne de 1914 sont assez bien rendus (on comprend - sans que l'auteur ne le dise explicitement... - que Tannenberg n'est qu'un succès opérationnel et en aucun cas stratégique), mais celle de Gorlice en 1915, qui amène les centraux de Varsovie a Vilnius, est traitée comme une anecdote en 3 pauvres paragraphes.
Bref, pour une histoire bien faite de la 1GM, il faut chercher ailleurs.