La citation est extraite de la magnifique préface écrite par Laure Moulin, la soeur de Jean Moulin alias Max, en 1946, après celle du Général De Gaulle pour la publication aux Editions de Minuit, héritage de la Résistance, en 1947, du seul ouvrage de Jean Moulin.
Cette phrase se poursuit :
"(...) et que les Français entendent la voix de Jean Moulin leur crier encore : 'Messieurs, il y a la France'" qui amplifie en harmonie le cri de Marc Bloch de "Vive la France" projeté lors de son exécution par les nazis(
L'Etrange Défaite).
14 - 18 juin 1940, Chartres. Jean Moulin est le plus jeune préfet de la République. 40 ans. Ancien combattant. Patriote. Il résiste à la tentation de fuir la ville, refusant de céder à la panique, à la différence de toutes les autres autorités de la République. Il reste seul, entouré de quelques proches. Seul. Seul il va permettre aux populations en transit, réfugiées, de se nourrir, de trouver une habitation, de se soigner, dans des conditions crépusculaires. Jean Moulin est de la trempe de ses grands héros de la France, sans doute l'un des premiers Résistants à la barbarie, à l'Occupation, à l'esprit de défaitisme qui marquera les mots que Pétain, le 17 juin, prononcera. "C'est le coeur serré ... etc. Je fais don de ma personne à la France etc." dans le plus abject des déshonneurs.
Jean Moulin, lui, campe fièrement, seul, l'Honneur de la Patrie.
Les troupes allemandes lui demanderont de signer un protocole infame, mensonger, stipulant, dans un racisme absolu, que les troupes "nègres" - pour citer le propos allemand s'adressant aux vaillants soldats sénégalais qui ont protégé la retraite de l'Armée française - avaient violé et assassiné des femmes et des enfants lors de leur retraite militaire. Jean Moulin refuse de signer. Il est frappé. Il refuse. Il est torturé, humilié, martyrisé. Il refuse. Une journée de brutalités à son encontre. Il refuse.
"Non, je ne signerai pas. Vous savez bien que je ne peux pas apposer ma signature au bas d'un texte qui déshonore l'armée française." (p.94)
Jeté dans une salle avec un soldat noir, insulté d'homosexualité par ses bourreaux nazis ("tu aimes les nègres, alors tu partageras le matelas avec lui"), sentant ses limites et pensant que le lendemain il pourrait craquer et signer, il choisit de se suicider, en s'égorgeant avec du verre.
Il sera sauvé au petit matin. Le courage dont il a fait preuve lui a notamment valu le respect de l'ennemi, le feld-kommandant, major Eibmeier :
"Je vous félicite de l'énergie avec laquelle vous avez su défendre les intérêts de vos administrés et l'honneur de votre pays." (p.113)
L'engagement dans la Résistance du fondateur du Conseil National de la Résistance (CNR) dont la société française encore aujourd'hui, et malgré les attaques des néolibéraux, doit tant (Sécurité sociale, retraites, ...), qui périt sous la torture nazie pendant la guerre, est définitivement scellé dans ce premier combat.
Ouvrage remarquable, émouvant, indispensable à lire notamment pour mieux connaître ce grand Héros avant la lecture de "
Alias Caracalla" de son secrétaire FFL Daniel Cordier.