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5.0 étoiles sur 5
OMBRE ET LUMIERE ..., 12 septembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Presence (CD)
Symbole de l'existence extra terrestre ou de Dieu, pour ceux voulant y voir une représentation divine, c'est l'étrangeté de l'objet qui intrigue d'abord. Noir, de forme oblongue, dispersant au regard des visages souriants alentour, une présence, une force invisible, c'est avant tout par son visuel à relents mystiques que cet album nous interpelle. Un peu à l'image de l'impact produit par la pochette du premier disque du dirigeable, cette photographie perdue dans un mur blanc radicalise, par sa sobriété de détails, la vision d'un retour aux sources d'un rock qui avait tendance à s'auto congratuler, suite à l'impressionnant Physical Graffiti. Un objet sombre, pour un disque qui l'est tout autant, Présence se singularise de toute la discographie de Led Zeppelin par une noirceur et la mise à nu d'une certaine forme de violence musicale.
A l'image de la famille réunie sur sa couverture, ce disque est également la réunion de deux hommes face à l'adversité. Premièrement, parce qu'au moment de son enregistrement, Robert Plant est en fauteuil roulant, les jambes brisées, suite à un grave accident de voitures, dans lequel femme et enfants ont également été blessés. Secondo, parce que cet album est définitivement le disque de Jimmy Page. Réalisé en 18 jours au studio Musicland de Munich, dans un climat au bord de la dépression, Présence est un album qui transpire de ce froid faisant suite aux grandes douleurs, de cette puissance qui se mute en grandeur d'âme, dès l'instant que l'on se met à sa portée.
Géant aux pieds fragiles, Led Zeppelin reste fort dans la douleur. Aussi, comme pour défier le climat altéré par les graves évènements survenus dernièrement, l'album débute par une sorte d'incantation partant à la recherche d'un nouvel homme, d'un nouveau roi : Achilles Last Stand. Titre complexe, multipliant les références, le dernier combat d'Achille est un monstre de technique qui ne s'apprivoise toutefois jamais. Délivrant un solo d'anthologie sur un alliage de guitares savantes, ce morceau de plus de dix minutes est, aujourd'hui encore, une pièce maîtresse dans la discographie du dirigeable. En quelques sorte, un concentré d'audace sur un texte magnifique.
Passé ce mur de sons héroïque, s'il s'avère, sur le coup de l'émotion nous ayant gagné, plutôt difficile de donner leurs chances aux titres suivants, c'est surtout à cause de l'absence de transition acoustique, de clavier auxquels l'aéronef nous avait habitué. Jetés en pâture à la créature sonore mélangeant guitare slide à la voix de Robert Plant, For Your Life, puis dans les tentacules de l'imparable Nobody's Fault But Mine, c'est sans ménagement que ce disque nous fait redescendre sur terre, aussi vite que nous nous étions laissés entraîner à la recherche d'un messie, d'un Arthur providentiel. En deux morceaux, le ton est donné. Pas de fioriture, du heavy brut, brillant, poignant et violent à souhait, le tout dopé par un John Bonham exemplaire par sa capacité de propager l'onde de choc au-delà du naturel.
Plus dépouillé, peut-être plus aride que d'autres, Présence reste, toutefois, d'une humanité confondante. Si la plupart des textes le prouvent sous plusieurs angles d'approches différents, il en est un qui reste dépositaire du trouble, de la sensation de détresse éprouvé par l'ensemble du groupe : Tea For One. Reflétant plus particulièrement l'état d'esprit de Plant, séparé de sa femme, ce très beau blues est un gouffre de sentiments qui fait étalage de l'implication de chacun face à la douleur de l'ami. Peut être beaucoup plus compact que ses prédécesseurs, cet enregistrement n'a de leçon à recevoir de personne en matière d'émotion.
Avec une pochette faisant, par bien des côtés, une référence ironique au monolithe du film 2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, cet album nous prouve que le vaisseau de plomb à toujours su utiliser la rupture pour mieux se transcender.
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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
J'AI LA GUITARE QUI ME DEMANGE ALORS JE GRATTE BEAUCOUP, 28 octobre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Presence (CD)
Ce quasi dernier album de Led Zeppelin nous permet vraiment de comprendre le travail du Jimmy Page producteur. Il y a deux Led Zeppelin finalement. Le quatuor incisif et puissant, qui sur scène défouraille riffs et décibels sans compter, et puis le Led Zeppelin de studio. Jimmy Page avait vraiment en tête la construction d'une oeuvre. Il ne se contenait pas d'écrire des chansons. Cet homme là, sûr de son talent, et de sa place dans l'Histoire, visait plus haut. Il faut imaginer un orchestre symphonique, avec un batteur, un bassiste, et sur les 80 autres chaises, que des guitaristes ! Derrière son pupitre, Mister Jimmy, baguette à la main, qui dirige, juxtapose, mélange, construit, équilibre, superpose... crée sa musique, sa grande oeuvre, énorme, mégalo, inédite. Et magnifique. Car quand Jimmy Page se disait sûr de son talent, il ne se trompait pas ! Il y a une ambiance, une couleur, un ton, donné à chaque album. En 1976, les tournées sont de plus en plus longues, Page à le nez dans la poudre, les seringues traînent par terre, Bonzo est accro au goulot, Plant est en chaise roulette... Ah, ils sont jolis nos sex symbol ! Le plus grand groupe du monde semble avoir du mal à se renouveler, le vieux dinosaure est attaqué de toute part, par les punks, les jeunes rockers, les danseurs de disco... Et pourtant, Jimmy Page accouche encore d'un album qui conquit les fans, et les rassure. Le dirigeable semble avoir encore devant lui de longues heures de vol !
Bien sûr, PRESENCE vaut surtout pour "Achilles last stand" ou "Nobody's fault", ou ce dernier blues lumineux « Tea for one ». Mais jetez une oreille sur ce petit morceau "Royal Orléans", pas un chef d'oeuvre bien-sûr, mais juste pour écouter cette boucle de guitare reprise à l'infini, sur des pistes superposées. La définition du style Page. C'était un fou de son, un perfectionniste, il passait des mois en post-production, et cela explique aussi qu'il passe ces journées aujourd'hui à remixer inlassablement ces chansons...
PRESENCE est un album sans doute déconcertant au début, mais duquel émane une force peu commune, un sentiment d'étrangeté, de nostalgie, d'angoisse diffuse... C'est une très belle réussite, inégale certes, mais sur lequel Jimmy Page, le producteur comme le soliste, s'est encore surpassé.
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Présence ... lourde, 23 juillet 2008
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C'est vrai que ce Presence fut beaucoup critiqué. Et s'il n'a pas la spontanéité des premiers albums du Zep, il est comme chacun de leurs albums : Unique et Indispensable. Comme l'objet de la pochette c'est un monolithe entêtant. Achille's Last Stand mets le feu dès les premiers accords et 10 minutes plus tard, après les "vocalises" de Plant qui se perdent à l'infini, il ne reste que des cendres. Le reste de l'album aurait pu être raté : rien que pour cet Achille, ça aurait été une réussite. Pourtant, derrière, viennent encore des morceaux de légende. For Your Life et son envolée de guitare solo (une des plus belle de Page, à mon avis). "Nobody's fault but mine" avec son rythme lancinant, heurté, entêtant ... et "Tea For One" qui n'est pas - comme d'aucun ont pu le dire - une redite du mythique "Since I've Been Loving You", mais un blues peut-être moins raccoleur (sans l'envolée "lyrique" du solo de "Since ...") mais tellement ... plus pur et en tout cas, tout aussi beau.
Presence n'est peut-être pas comme ses prédécesseurs un album de blues, de hard, ni de folk mais il est certainement l'un des plus personnel du Zep. Froid, certes !! Peut-être parcequ'il est, comme à l'image de la pochette, ce monolithe parfait de construction et de rigueur. Présence futuriste sous le regard de ces gens un peu démodés ...
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