Premier album de Nine Inch Nails,
Pretty Hate Machine est un disque essentiel, et ce à plusieurs niveau : tout d'abord, il marque les débuts d'un des plus grands groupes actuels, pilier du métal industriel ; ensuite, il est l'un des premiers albums où la part de composition assistée par informatique est aussi importante ; enfin, il montre au public que la musique électronique peut dégager une énergie et une rage que seul l'underground connaissait jusqu'à présent.
Mais, au-delà d'un simple défi technique,
Pretty Hate Machine reste surtout un album magnifique, composé de chansons violentes et teintées de désespoir, marqué par le talent inégalé de Trent Reznor. L'artiste derrière NIN décrit dans ce disque un monde sale, dominé par l'argent, délaissé par un dieu illusoire. Les premières influences de Reznor se ressentent fortement, dans "Down In It" par exemple, fortement influencé par le "Dig It" de Skinny Puppy. Mais le style très particulier du musicien fait de cet album une uvre exceptionnelle, dont on retiendra particulièrement le brûlot métal "Head Like A Hole", le mélancolique "Something I Can Never Have", et le tout simplement magnifique "Sin".
--Romaric Bullier
Souvent mis en rapport avec Ministry pour avoir contribué à poser les bases du metal industriel, la musique de Nine Inch Nails est, à la fin des années 80, bien différente. Si celle de Ministry, radicale, fracassante et soutenant un propos politique, déborde de rage punk, celle de Nine Inch Nails
est plus « audible », plus nuancée – et pour tout dire, plus humaine. C’est que, fort de son expérience dans diverses formations de pop synthétique, Trent Reznor conserve à la fois un goût pour les claviers – omniprésents dans
Pretty Hate Machine, tandis que les guitares sont en retrait
– ainsi qu’un sens de la mélodie et de la structure plus « classiques ». De fait, il s'agit ici
de
chansons, que la structure (couplet/pont/refrain) rend accessibles, ce qui distingue à cette époque NIN des terroristes « ministériels ».
Dans ses paroles, Trent Reznor susurre, chante et crie son mal de vivre, son désarroi, son désabusement et sa colère aussi. A l’image du calme
« Something I Can Never Have », emmené par sa rengaine entêtante au piano, ou du puissant single
« Head Like a Hole », toutes guitares dehors. Ou de l’excellent
« Terrible Lie », où sur fond de nappes de synthé, de bidouillages électroniques et de riffs accrocheurs, le chanteur crache à Dieu sa colère blasphématoire : « Hé, Dieu, pourquoi tu me fais subir tout ça ? / (…) tu me dois de grosses excuses… ». Des thèmes qu’il continuera d’explorer par la suite et qui auront une résonance particulière lorsque explosera le grunge au début des années 90.
Ce premier album, que Trent Reznor co-produit avec notamment Mark « Flood » Ellis et Adrian Sherwood (deux habitués des groupes industriels ou rock synthétique : New Order, Skinny Puppy, KMFDM, Ministry), est déjà marqué par une certaine minutie de production, qui demeurera un des points forts de Nine Inch Nails.
Pretty Hate Machine ne fait pas grand bruit à sa sortie et n’atteint que la 75ème place du classement américain. Il deviendra cependant Disque de platine, à la faveur d’un bouche à oreille efficace et de tournées intensives où le groupe construit autour de Trent Reznor fera montre d’une violence et d’une intensité peu communes. Si ce premier album est principalement un disque de rock synthétique, à mi-chemin entre metal et pop synthétique, en revanche, son successeur, le EP
Broken verra Nine Inch Nails mettre les pieds dans le plat de l’indus metal et en devenir la figure de proue.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story