Zakk Wylde, l'homme qui insuffla une seconde jeunesse au père Ozzy, ne pouvait jamais s'exprimer dans un idiome qui lui est chère : le Southern-rock. C'est pourquoi, dès que l'opportunité se présenta, il fonda ce groupe avec deux ex-White Lion, James Lorenzo à la basse, et Greg D'angelo à la batterie. Ce dernier sera remplacé par Brian Tichy.
Exultant de pouvoir enfin s'exprimer sans barrière d'aucune sorte, Zakk se lâche. Ivre de liberté, il déborde d'énergie créative (près d'une heure trente où rien n'est à jeter - hormis un titre sur le CD bonus ?).
Bien que Wylde se réfère aux Lynyrd Skynyrd, Allman Bros, Albert Lee, Alvin Lee (et Queen !), son Southern-rock est très largement plombé. C'est du brutal ! Certains titres, comme « Toe'n the line' » ou « Horse called war », annonce déjà la brutalité de « Black Label Society ». En fait, en se basant sur une trame donc de Southern-rock, Zakk apporte une touche très personnelle, plus offensive, sauvage et agressive. Jamais le Southern-rock n'avait atteint un tel paroxysme dans la violence et la sauvagerie. Et, même si occasionnellement un banjo, ou un piano vienne se greffer, apportant ainsi une touche plus « roots », cela reste une approche nettement Heavy-rock / Hard-rock. Car Zakk joue fort, à l'aide de sa LesPaul (gonflée aux micros actifs EMG - pour gagner en définition) soutenue par des Marshall JCM800, qu'il fait rugir. Sa gratte, parfois à la limite de la rupture, tel un démon sortir de l'Enfer, semble vouloir tout dévorer sur son passage. Le son est énorme. Même Rickie Medlocke au zénith de sa carrière, semble, en comparaison, bien sage et timoré. Un pied dans une « relative tradition » des 70's, et un autre dans une modernité 90's, notamment par l'approche du son. En effet, Zakk idolâtrait, du moins à cette époque, autant Hendrix et Jimmy Page, que Van-Halen et Randy Rhoads (en passant, évidemment, par Tommy Iommi). Au point d'avoir leur photo collée sur la façade de son ampli. Il n'oscille pas entre ses multiples références, il les a assimilées, alliées ; un brassage d'où a émergé ainsi sa propre personnalité. Zakk sait également se montrer sous un autre visage que celui de la brute sanguinaire, avec des chansons (dont la plupart anticipe «
Book Of Shadows») comme « Lovin' Woman » (entre une ballade Sudiste et un folk à la Led Zep), « Sweet Jesus » & « Fadin' Away » (ballades presque intimistes avec piano et violons, sombres et mélancoliques), « Cry me a river (country-rock n'ayant aucun rapport avec Julie London), « Hate your guts (un country genre « chanson à boire », dans le style de Dick Montana des Beat Farmers), et « Found a friend » (véritable ballade heavy, charnue, avec arpèges de Wah-Wah et Chorus et des soli déchirants).
Zakk Wylde, sous ses airs de joueur en dilettante, est un véritable technicien, maîtrisant tous les plans du Classic-rock des 70's, en passant par le Rock sudiste (qui incorpore aussi des éléments country) et le Heavy-Metal des 80's. En solo, les bends gargantuesques côtoient des cavalcades de notes effrénées, et des harmoniques sifflées récurrentes qui seront sa marque de fabrique. De temps à autre, il enclenche une pédale de Chorus, pour épaissir ses riffs, ou encore une disto complémentaire (Boss SuperOverdrive), pour les plus lourds. En grand fan des guitaristes des 70's, la Rotovibe (qui imite l'effet Leslie) fait aussi partie de son arsenal, ainsi qu'une Wah-Wah Cry-Baby (actuellement c'est également un modèle signature). Il y a même quelques passages à la slide (épaisse).
Musicien accompli, il n'hésite pas à jouer du banjo, de la mandoline ou de la guitare folk (Gibson « Dove in Flight »), ainsi que du piano et l'harmonica ; sans oublier le chant, qui lui, s'apparente à celle des matins fatiguées, rauque et légèrement étouffée, mais ne manquant pas pour autant de justesse. Une voix dans la lignée de celle de Jim Dandy de Black Oak Arkansas.
Un disque à part, parfois considéré comme la meilleure réalisation, albums d'Ozzy inclus, de cet iconoclaste du Heavy-rock.
Cette réédition offre, outre une très bonne remasterisation, cinq titres en bonus, 3 reprises. « The Wizzard » du Sab', « In my time of dyin' » de Led Zep (la plus réussie), et « Come Together » des Beatles (dans une version inattendue avec un piano en remplacement de la guitare), et 2 chutes de studio, dont un pur Country, et une ballade évoquant les Allman, que les Eagles et Neil Young.