Attention, ce téléfilm est un chef d'oeuvre ! La faute à la longueur idéale du feuilleton, qui permet de n'omettre aucune scène fondamentale, et à une fidélité scrupuleuse à la lettre - parfois à la virgule près ! - comme à l'esprit du livre. La mise en scène de Langton est subtile, préférant une composition soignée, souvent picturale, pleine de sous-entendu, à un mouvement de caméra lyrique trop éloigné de la retenue des personnages. Le casting est parfait, chaque acteur se glisse dans son rôle comme dans un gant. Madame Bennet est exaspérante à souhait, monsieur est d'une ironie mordante, Jane est d'une beauté et d'une bonté incroyables, Lydia, d'une vie et d'une insolence rares, Kitty geint sans arrêt et Mary passe son temps à lire des ouvrages qu'elle ne comprend pas. Tous sont peints avec une acuité pleine d'humour et de tendresse, d'un trait net et précis. Le tableau est complété par un crapaud obséquieux, Collins, une grande lady horripilante, Mme de Burgh, des Bingley empêtrés dans leurs hésitations ou leur fatuité, un Wickham d'une fausseté haïssable, et un couple à la simplicité reposante, les Gardiner. Quant au choix des deux héros, il est d'une justesse remarquable : Jennifer Ehle, au sourire si radieux, possède une vivacité et une nuance de jeu qui rendent tous les aspects contradictoires de Lizzie, et Colin Firth impose son charisme dès qu'il entre dans une pièce, à l'image d'un grand fauve maladroit qui tournerait autour de sa proie. Les sentiments affleurent sans jamais éclater vraiment, et n'en sont que plus captivants. Langton agrémente sa mise en scène d'un hommage appuyé aux paysages anglais, ainsi que d'une sensualité discrète qui signe notre époque. Rarement adaptation de Jane Austen a été plus réussie et inépuisable : voyez-la et revoyez-la, le plaisir sera le même !