Certains (on en connaît) vont demander l’asile politique à la république de San Marin ou à la principauté d’Andorre. Mais c’est un fait : quinze années après la désintégration du line-up en quintet originel (avec l’album Nobody Else, 1995), Robbie Williams réintègre le groupe Take That, qui en profite pour enregistrer un nouvel album, et planifier une tout aussi rémunératrice que pléthorique tournée. Mieux encore : après avoir bénéficié du plus grand nombre de pré-commandes au Royaume-Uni, Progress a battu le record de ventes en première semaine d’exploitation pour ce siècle (qui, n’exagérons rien, n’est vieux qu’une dizaine d’années), et a compilé les premières places du hit-parade en Écosse, Irlande, et Angleterre.
C’est donc pour le bonheur des tiroirs-caisse que les trois extravagantes personnalités que constituent Robbie Williams, Mark Owen, et Gary Barlow se sont rabibochées, mais, musicalement, les centres d’intérêt de sessions produites par le spécialiste de l’electro-pop Stuart Price, par ailleurs régénérateur de Madonna, ne font pas défaut. « Kidz », duo des premiers précités, combine talentueusement rythmes frénétiques, effets robotiques sur les voix, et groove technoïde, et l’on peut retrouver l’efficience de ces effets martiaux (les tambours en charge de brigade légère) dans le tellurique « SOS », ou au détour du refrain de « Wait ». A contrario, « Pretty Things » salue avec affection (et humilité) la grande tradition de la pop sixties, dans son atmosphère un peu délétère de faux menuet libertin. « Underground Machine » assimile avec déterminisme les relations amoureuses à un étrange affrontement mécanique, alors que « Eight Letters », choisi pour clôturer l’opus, ravira les amateurs d’irrépressibles élans romantiques.
Même si ces garçons répugnent encore à grandir (la douloureuse interrogation de Mark Owen dans « What Do You Want From Me? », à laquelle il répond en toute franchise : moi, je veux simplement faire l'amour avec toi !), ils n’ont pas égaré la recette de la chanson imparable : ainsi de « The Flood », ouverture et premier single de la sélection, épique, déchiré, et sentimental comme un amour impossible. En fait, dans la bonne volonté affichée par le groupe en ce retour, c’est une foultitude de genres qui sont ici proposés, du glam rock hoquetant en guitares grasses, à la dance sulfureuse des Scissor Sisters, voire à la démesure de Muse, et, donc, de Queen.
Un sixième album pour ce qui ne constituera peut-être qu’un faux nouveau départ : pour l’heure, il reste une poignée de chansons addictives, la curiosité de l’entomologiste à voir cohabiter des egos aussi puissants, des quadragénaires manifestement en pleine crise existentielle, et un produit commercial parfaitement calibré. Un grand progrès pour Take That, et un (tout) petit pas pour l’humanité.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story