De 1906 à 1914, le philosophe Alain, écrit 3083 chroniques dont 43 furent extraites pour composer cet ouvrage.
Est-ce la sélection qui est partiale et défigure l'impertinence d'un propos très conventionnel ou bien est-ce l'auteur qui dans sa bataille contre les lieux communs, se fait l'apôtre de l'eau tiède ?
Lutter contre les lieux communs, en ce début du 20° siècle, était une bien louable action. Alain dans ses propos expose sa philosophie, veut éduquer son lectorat. Bien lui en prend. Mais Léon Bloy ne poursuivait-il pas la même fin dans son exégèse (
Exégèse des Lieux Communs) ? Mais en politique, en histoire, Léon Daudet, Jacques Bainville n'agissaient-ils pas de même dans l'Action Française et au Figaro ? De ces auteurs il reste encore de la verve insolente pour les deux premiers (qui n'interdit nullement, au contraire, d'exprimer ses coups de gueule), et une construction de pensée prospective historique pour le dernier.
De Alain, que retenir si ce n'est une grande lassitude à la lecture de "ses propos".
Addendum du 04 septembre 2010
Je n'ai pas été surpris de lire sous la plume de l'historien Philippe Burrin "
La dérive fasciste : Doriot, Déat, Bergery 1933-1945" que Alain, professeur de philosophie de Déat, était son ami y compris en politique, de collaboration avec les nazis.
Dans la deuxième quinzaine de juillet, Alain "dévorait avec admiration "Mein Kampf" et écrivait à propos de la guerre qui continuait :
"pour ma part, j'espère que l'Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le genre de Gaulle l'emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c'est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabée".
L'éditeur aurait dû, sur le plan de l'intégrité intellectuelle, mentionner cet état de fait, révélateur logique d'un pacifisme militant exposé dans "Propos impertinents" au lamentable aboutissement (cf. sur cette thèse "
Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance")