Protagoras est un sophiste de grande réputation. Socrate accompagne un ami qui désire confier son âme à l'éducation de cet homme très réputé. Socrate se méfie :
"Comment donc ? (...) ne sens-tu pas à quel danger tu vas exposer ton âme ? S'il te fallait mettre ton corps entre les mains d'un médecin qui serait autant capable de le ruiner que de le guérir, n'y regarderais-tu pas à deux fois ? N'appellerais-tu pas des amis et tes parents, pour les consulter sur le sujet, et ne mettrais-tu pas plus d'un jour à délibérer ?"
Socrate va s'engager dans une joute avec Protagoras qui sait rapidement estimer la valeur de son adversaire. Socrate va le conduire à comprendre qu'il se trompe, que son enseignement - si riche dans la rhétorique - est spécieux sur les fins qu'il poursuit.
En effet, le discours du sophiste apparait comme privilégiant l'efficacité et le pouvoir; la vérité et la probité morale ne sont pas les buts recherchés par le sophiste. Pour Protagoras, "l'homme est la mesure de toutes choses", signifiant que seul le savoir-faire, la technique, tient lieu de savoir.
Pour Socrate, un homme qui ne sait pourquoi la vertu mérite en elle-même d'être cultivée, comme le signale fort justement Cyril Morana dans la postface de cet ouvrage, est un être "vicié" en puissance.
"Le relativisme des sophistes les amène à nier une fixité des valeurs sur lesquelles l'homme pourrait prendre appui : pour y survivre, il doit transformer le monde dans lequel il a été jeté à l'origine."
Le sophiste, qui aime le pouvoir, l'argent, être adulé, prône le relativisme des valeurs. Il est l'une des sources philosophiques du libéralisme comme le démontre avec élégance Leo Strauss dans "
Droit naturel et histoire".
Un être non "vicié" en substance recherche la Vérité, affirme la Beauté de la Sagesse conquise par la vertu. C'est la vérité de l'enseignement de Socrate que je retiens dans mon combat politique actuel.