Moins dub, moins hip-hop, moins soul. Moins noir en somme. Et moins sombre. Un deuxième opus plus travaillé dans le son, plus riche, plus varié, mais aussi moins salement sexuel. L'électronique froide fait des apparitions discrètes mais insidieuses, contrepoint aux basses toujours profondes et aux beats pour la plupart entêtants, petite touche d'inquiétude dans un univers plus tranquille, plus cool que par le passé. Un peu trop parfois, "Better Things", frisant même l'insipide papier peint sonore, "Weather Storm". Et la tentative live en reprise des Doors est un massacre, preuve que le collectif de Bristol reste une machine de studio plus que de scène. Le savoir faire est toujours là, surtout quand le torturé Tricky s'en mêle, "Eurochild", ou quand Craig Armstrong prête ses arrangements de cordes dramatiques et cinématographique sur "Sly", où Nicolette survole les rythmes un peu tribaux de sa voix tendrement acidulée. Horace Andy brille une nouvelle fois dans un numéro dub déconstruit impressionant, le seul de l'album, "Spying Glass". "Heat Miser", instrumental électro-hypnotique sur respiration inquiétante, aurait clôt l'album de façon excellente, mais rien ne dépasse les deux morceaux d'ouverture, monuments du trip-hop : "Protection", morceau éponyme où la voix de Thracey Thorn se pose avec langueur et tristesse sur ces beats répétitifs traversés de boucle électro et ponctués par un riff de guitare revenant comme un leitmotiv. Et "Karmacoma", chef-d'oeuvre avec Tricky, tribal et lancinant à souhait, lugubre et sensuel. Rien que pour eux, un album inégal devient indispensable.